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c’est compliqué, d’avoir deux amours.

c’est compliqué, vous savez, d’avoir deux amours.

on me demande parfois, souvent, si Paris ne me manque pas, si je ne regrette pas la France, si je ne me repens pas d’avoir quitté Biarritz (en vrai, on ne me demande pas ça en ces termes, personne ne demande, en vrai, si quelqu’un se repent de quelque chose, à part dans les livres de la Comtesse de Ségur) (mais c’était pour éviter les redondances) (je sais bien que si je commence à justifier tous les choix de mes mots, vous allez regretter la période où je restais silencieuse sur ce blog).

oui, Paris me manque parfois. souvent, même. oh, bien sûr, pas tout le temps, et bien sûr aussi, quand je suis partie, c’était parce que je n’en pouvais plus de Paris. mais tout de même, Paris me manque.

la beauté de Paris me manque, l’avenue de l’Opéra me manque, mes Batignolles me manquent, mon studio minuscule sous les toits me manque – ses cinq étages sans ascenseur aussi – les façades haussmaniennes me manquent, les petites rues un peu tarabiscotées du Marais me manquent, même la Butte aux Cailles, qui était mon bout du monde et qui impliquait deux changements de métro, me manque. l’effervescence culturelle de Paris me manque, comme une mise sous tension interminable et inévitable, qui fait créer, qui fait rire, qui fait hurler, qui fait rêver. les petites salles de concert de Paris me manquent – et les soirées parisiennes me manquent, même si j’ai jamais été de celles qui vivent la nuit ; ces soirées avaient une saveur d’infinies possibilités, qui me manque, presque viscéralement (même si j’abhorre ce mot).

Gontran Cherrier, bien sûr, aussi, me manque, les verres de vin en terrasse – je veux dire, les verres de vin à moins de 15 $ -, aussi. avoir les yeux qui brillent en savourant sa chance, tout en disant que oui, j’habite à Paris, me manque, apercevoir sans même s’y attendre parce que c’est tellement habituel la Tour Eiffel me manque, croiser la pyramide du Louvre le soir venu, en rentrant en vélib’, juste après avoir traversé le pont du carrousel me manque (même si ça veut dire avoir mis les pieds rive gauche), tant pis si c’est cliché, tant pis, parce que c’est un peu vrai.

bien sûr, quand je rentre, je n’ai de Paris que la version édulcorée, celle que je veux bien voir – je ne mets pas les pieds à Châtelet, je ne prends pas le métro, je n’ai pas besoin de courir partout, je peux marcher le nez en l’air sans avoir une mine renfrognée de fille qui a quelque chose à faire, tout le temps, partout.
la version de Paris qui m’avait fait adorer cette ville au début, que j’avais petit à petit laissée se faire envahir par le Paris de tous les jours, le Paris quotidien, le Paris qui stresse, le Paris toujours plein de gens pressés, le Paris plein de gens qui font pas attention à ce(ux) qui les entourent, le Paris sale, le Paris qui pue, le Paris qui donne envie de s’enfuir en courant, là où les trottoirs sont remplis d’arbres, là où les façades de maisons sont envahies de végétation, là où les gens disent un peu plus bonjour, là où le ciel est toujours, toujours, un peu plus grand.

à Montréal, les trottoirs sont remplis d’arbres, les façades de maison débordent de végétation et de décorations d’Halloween, ou de Noël, à Montréal, les gens disent bonjour, tout le temps.

à Montréal, le ciel est toujours, toujours un peu plus grand, surtout pendant ces matins d’hiver, ceux où lever le nez de son écharpe demande des efforts – récompensés par l’immensité du bleu brillant, juste au dessus des yeux.

je n’avais jamais vraiment prévu que Paris me manquerait ; je sais d’avance que Montréal, quand ce jour viendra, me manquera. alors, oui, c’est compliqué, vous savez, d’avoir deux amours séparés par un océan.

12 Comments

  1. Cet article me touche beaucoup. Je suis tombée en amour pour le Québec lors d’une année d’étude il y a déjà beaucoup trop d’années. J’en suis partie le coeur sacrément lourd, et depuis j’ai un gros pincement dès que j’entend l’accent québécois quelque part. J’y suis revenue cet été pour marier une de ces amies précieuses qui est toujours là malgré cet océan qui nous sépare, c’était comme rentrer à la maison. Ce lundi soir d’août à Trudeau, j’ai regardé le soleil se coucher sur les avions, et pour la troisième fois j’ai quitté mon Québec adoré le coeur sacrément lourd . C’est compliqué, en effet, d’avoir deux amours séparés par un océan.

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    1. Ah oui alors le pourquoi y’a pas la mer, ça, hein, je suis fâchée.
      Et, j’omets de parler de mon troisième – et premier, sans doute – amour, le Chili, mais comme je n’y ai jamais vraiment vécu, c’est un attachement totalement différent. On est riches de tout ça, même si parfois c’est difficile.

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  2. J’ai ressenti la même chose en quittant Marseille pour Paris. Lorsque je suis partie de Marseille, j’en avait tellement marre de cette ville, elle m’étouffait et ses habitants avec. Et bizarrement, depuis que je n’y suis plus c’est Paris qui m’étouffe et ma ville me manque. j’ai presque oublié ce qui était laid là-bas et je ne revois que ce qui est magique : la proximité de la campagne et de la montagne, le bleu de la mer si accessible, les marches dans les calanques, ce ciel fluo, tout le temps, manger en terrasse en décembre, les vieilles ruelles du Panier… j’ai l’impression qu’il faut partir d’un endroit pour en apprécier la beauté, il faut se débarrasser du côté pénible du quotidien. Ou alors tout simplement ouvrir les yeux et ré-apprendre à apprécier.
    Bises ♥

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    1. Il faut probablement s’éloigner, oui, pour prendre la mesure de ce qu’on a – même si c’est dommage de s’avouer ça – et pour réapprendre à regarder autrement. Je suppose que si je retournais vivre à Paris, le Paris qui pue me reviendrait vite à la gueule, mais bon.

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  3. J’ai toujours juré qu’en devenant parisienne – pour un temps – je ne deviendrais pas une de celles qui courent après son metro, une de celles qui bousculent et pourtant il m’arrive des matins (et des soirs) – même si c’est rare, c’est déjà trop de fois – de bousculer, de me dépêcher pour avoir une place assise, de courir – parce que tu comprends deux minutes de plus avant de retrouver mon lit, c’est trop long. Plus je passe de temps à Paris, et plus les week-ends « à la campagne » me sont salvateurs, plus je les recherche et plus je les chéris, et pourtant j’aime voir Paris recouvrir ses couleurs d’automne, ses couleurs de printemps, et l’été au jardin du Luxembourg. J’aime me perdre dans ses rues, et flâner au gré de mes balades, des rues qui m’attirent, et pourtant Paris m’oppresse alors pour ne pas que ce soit viscérale, il me faut aller respirer ailleurs, et je trouve que c’est plutôt bien, plutôt sain, et ce qu’ils sont bons ces week-ends à cueillir des framboises dans le potager, à crapahuter dans le brouillard des cimes pas encore enneigés, à faire le plein d’air marin, à aller marcher en forêt. (et c’est drôlement chouette de reprendre le chemin des commentaires sur les blogs)(et surtout le tien <3)

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  4. Sans aucune originalité : ton article est beau et me donne un pincement au coeur. Oh, les cinq étages sans ascenseurs : une fois qu’on y a goûté, on ne peut plus s’en passer ! Alors, si à Montréal, les immeubles de cinq étages sans ascenseurs n’existent pas, je crois qu’il faut que je reste de ce côté-ci de l’océan 🙂

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  5. En lisant ce bel ode à Paris, je ne peux que m’y retrouver, tant j’aime Paris de tout mon cœur (mon deuxième amour, je crois que c’est la vie à la campagne que je rêve et fantasme « pour plus tard » aussi) et je te pardonne même ton désamour de la rive gauche (ma rive d’amour à moi)

    Je t’embrasse et t’envoie de doux baisers parisiens 🙂

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  6. Merci de nous faire partager votre ressenti, je pense, oui que cela ne doit pas être simple d’avoir deux amours. Je ne connais pas je suis toujours au même endroit – Grenoble -. Parfois lors de séjour à l’étranger, ou dans d’autres régions de France, il m’arrive de me dire  » et si je venais vivre ici ? » mais finalement, non , ce n’est pas facile de quitter sa ville, sa région et tout son groupe d’amis, la famille. J’admire et j’envie celles et ceux qui ont le courage de le faire. (je parle de ceux et celles pour qui c’est un choix volontaire)

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