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Extraordinairement ordinaires.

J’ai passé des vacances extraordinairement ordinaires. Il n’y a que comme ça que j’arrive à les décrire, ces vacances, faites de pas grand chose finalement, si ce n’est ma famille, mes amis, un petit peu de vin, parce que bon, le vin, c’est toujours meilleur quand il ne coûte pas 10 $ le petit verre, et puis pas mal d’amour et de sourires, de tu m’as manqué, tu m’as manquée, de câlins et de c’est long, le temps sans toi. Et puis de quelques gin-to’ et de chocolat (ma maman a littéralement rempli tous les placards qui se trouvaient sur mon chemin de tablettes de chocolat, après avoir failli s’étouffer lorsqu’elle en avait vu le prix à Montréal).

Cela fait déjà une petite semaine que je suis rentrée, presque une semaine, pas encore tout à fait, alors j’ai encore le temps de me dire tout bas, il y a une semaine, à cette heure-ci, j’essayais tant bien que mal de fermer ma valise, qui va être trop lourde, je suis certaine qu’elle va être trop lourde (à 124 grammes près, elle ne l’était pas, merci de demander), en rouspétant contre moi-même et mes achats un peu compulsifs de leggings de sport, alors que bien sûr, mes tiroirs débordent déjà de leggings de sport, mais peut-on réellement résister à des leggings avec des palmiers dessus, je ne crois pas. Il y a une semaine, je bouclais ma valise en pleurnichant dans ma tête et en souriant aussi, parce qu’on se préparait pour aller au yoga, avec ma petite sœur et sa coloc, après un dimanche de gens heureux.

On avait brunché avec ce qu’on avait pu trouver dans le frigo, plus une petite liste de courses de choses qu’on trouverait probablement à l’épicerie du coin (j’avais oublié que les supermarchés sont fermés le dimanche, toute Montréalaise que me voilà devenue), le tout additionné de pain frais, le tout dégusté devant des émissions plutôt mauvaises mais mettant en scène Stéphane Plaza (il semblerait qu’il soit toujours dans l’actualité immobilière du PAF) (je sais bien, vous non plus vous n’aviez pas utilisé l’acronyme PAF depuis des années). On avait parlé de la vie, du travail, du futur, et puis on s’était un peu bougées, mais je m’habille comment, ma sœur était paniquée, on va être en retard pour le cours, ça c’était moi qui ai décidément du mal avec l’évaluation du temps de trajet, pour finalement arriver avec trente minutes d’avance, gelées.

Après le cours de yoga (de grâce, si vous êtes à Paris, jetez-vous sur les cours d’Alix, qui sont juste comme il faut de bienveillants, d’humour et d’énergie), alors donc, après le premier cours de yoga et après avoir pris un Uber pour rentrer, parce qu’il faisait bien trop froid et qu’un dimanche, on trouvait que rentrer en bus allait détruire notre petite bulle, on s’était mises en pyjama, on avait commandé des sushis, regardé un film dans lequel il faut parfois cacher ses yeux dans ses mains pour ne pas avoir trop peur (en tous cas, moi) (le reste du temps, il fallait regarder avec les yeux grands ouverts parce qu’il y avait Ben Affleck dedans) et voilà, il était déjà presque le lendemain, valise bouclée et pharmacie visitée à la première heure (ce furent des vacances médicalement pleines de surprises), c’était déjà l’heure de se dire au revoir, les yeux presque pleins de larmes mais pas encore tout à fait, je préfère toujours garder les larmes pour le moment où, assise dans les fauteuils, annonces appelant les derniers passagers pour l’embarquement du vol AF-on ne sait pas combien à destination d’endroits lointains, café déjà froid, carte d’embarquement et passeport en main, il n’y a rien d’autre à faire que se demander qu’est-ce qu’on fait, encore, à prendre des avions et à laisser, encore, un petit bout de soi, un petit bout de son cœur, un petit bout de son bonheur, derrière, en mettant un océan grand comme ça entre nous tous.

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On s’était dit à très vite, juste avant le portillon du RER, je viens te voir très vite, c’est promis, m’a dit ma petite sœur, et puis bon voyage, dis moi quand tu es arrivée, oui c’est promis, merci encore, et puis je t’aime, et puis n’oublie pas la petite tape, hein, surtout, n’oublie pas la petite tape, ce petit rituel qui comporte cette supplication, n’oublie pas la petite tape, pour qu’il soit complet. Et puis s’éloigner, comme toujours.

Alors, comme toujours – pleurer dans les aéroports est une habitude – j’ai mis une playlist qui berce un tout petit peu les larmes et qui les rend presque moins douloureuses et presque bienveillantes, j’ai rassemblé mes esprits, mes paquets de crackers et mes bagages, j’ai repassé vite, très vite mes vacances dans ma tête et je suis montée dans l’avion et me disant que du beau m’attendait aussi, de l’autre côté, même si je semblais en douter un peu, au moment de caser toutes mes affaires sous mon siège et que, tête collée contre le hublot, je regardais partir les avions juste avant nous en tâchant de cacher un tout petit peu mes sanglots à mon voisin qui n’avait probablement pas demandé à avoir une pleurnicheuse à ses côtés pendant huit heures.

Ça m’aura pris une semaine, pour me rendre vraiment compte que j’étais rentrée de cette petite-grande parenthèse de trois semaines près des yeux, près du cœur, juste là, avec ma famille, avec mes amis-qui-sont loin, avec ces amis qu’on ne voit que trop peu, ces personnes qui nous manquent tout le temps, sans vraiment qu’on ne s’en rende si compte que ça. On s’habitue, peut-être, au manque niché dans un coin du cœur en permanence.

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Une semaine pour défaire ma valise après être rentrée, yeux bouffis, cheveux n’importe comment et mine fatiguée, chez moi, où mon amie C. avait pris de soin de laisser une soupe dans le frigo, une tablette de chocolat au sésame et une courge prête à être cuite, avec un bouquet de fleurs et un petit mot, bon retour, tu m’as manquée. Une semaine remplie de toutes ces habitudes qui reviennent sans qu’on ne le remarque, peut-être pour rassurer un peu, tu vois, ça fait du bien, aussi, de rentrer. Une semaine pour ranger les petits bouts de vacances que j’avais laissés dans ma valise, ma partie du bouchon de champagne qui me fera encore perdre un pari, parce que ma sœur pensera avant moi de ressortir sa moitié lorsqu’on se reverra, une semaine pour me rappeler que je suis heureuse, ici aussi, même si je l’oublie parfois, quand c’est plus facile de penser à ce que l’on n’a plus.

Une semaine pour refermer mes vacances extraordinairement ordinaires emplies d’amour et de simplicité.

10 Comments

  1. Comme j’aime ces matins ou je vois l’un de tes articles dans ma boîte mail 🙂 Je prends 5min de plus pendant le petit déj (et 5min c’est un énooorme sacrifice le matin quand on ne sait pas émerger 🙂 ) pour pouvoir le lire tranquillement. C’est tellement simple et vrai ce que tu racontes, même si je ne suis pas à l’autre bout du monde comme toi je ressens souvent les mêmes émotions au moment de quitter ma famille, mes amis, avec qui j’ai passé un moment (trop) éphémère. Mais tu as raison, il faut se souvenir que là ou l’on est on est heureux aussi et que rien ne sert de ressasser trop longtemps le passé que l’on a plus.
    En tout cas je te souhaite encore plein de nouvelles vacances aussi extraordinaires que celles que tu viens d’achever!

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  2. Très bel article !
    Je suis sûre que ça t’a gonflée à bloc, de faire le plein de bisous, de calins, de famille et d’amis <3

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  3. Je n’ai pas eu de grand océan à traverser (juste la France), mais je crois que les émotions sont un petit peu semblables, quand il faut dire au-revoir-à-bientôt après des jours trop pleins de douceur et d’amour. Mais le petit cocon que l’on se crée de son côté, il peut aussi être plein de douceur et d’amour, alors finalement on se retourne avec tendresse sur ces jolies vacances, on leur fait un signe de la main en souriant et on continue sa petite vie (en gardant, dans un coin de sa tête et de son cœur, l’impatience de les revoir vite vite vite). Je te souhaite autant d’amour et de sincérité de ton petit quotidien que pendant ces vacances « ordinaires »
    PS : j’ai toujours beaucoup de plaisir à lire tes mots, même si je ne crois pas avoir déjà laissé ma trace par ici 🙂
    A bientôt !

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  4. Je suis allée voir le blog d’Alix et ça me donne bien envie de tenter un cours de yoga (mes dernières expériences ne m’avaient pas trop plus)
    et sinon billet tout doux, tellement agréable de te lire le soir avec un bon thé fumant !

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  5. Foutus départs… Foutus retours…
    Si ils sont toujours douloureux, c’est que rien à changer avec les gens qu’on aime, et ça, c’est une chance inouïe!

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  6. Que c’est bien dit! J’ai l’impression que tu es rentrée dans mon petit coeur et que tu en a exprimé les sentiments comme personne. Les vacances de Noel, depuis que je suis partie vivre en Allemagne (c’Est moins loin que toi, mais quand meme une expédition), c’Est des milliers de kilomètres en 15 jours, et des embrassades, des rires et quelques larmes pour de merveilleux moments partagés… 15 jours pour se rappeler comme on s’aime et ca fait tellement de bien!

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