fleurs

Est-ce que tu te demandes, parfois ?

Chère toi et puis cher toi, et puis cher vous tous, que j’ai quittés trop vite,

On s’est jamais dit les choses, on s’est jamais dit le début, la fin, le milieu. On s’est jamais dit au revoir, je crois et on s’est jamais dit adieu, non plus.

C’est curieux comme l’amitié, l’amour, parfois, ça commence de pas grand chose, un verre en terrasse sans vraiment savoir que c’est toi en face, un café l’après-midi, un baiser volé sur une place la nuit après des cigarettes vaguement fumées, un mot, une phrase, tout ça, ou rien à la fois. Et c’est curieux comme l’amitié, l’amour, parfois, ça file, ça passe, ça s’arrête, tout net ou tout doucement, sans qu’on dise les choses, sans qu’on dise au revoir, sans qu’on dise à bientôt, sans qu’on dise adieu.

Je me demande souvent, si tu penses à moi. Si je te manque, si tu te demandes si je pense à toi, si tu te demandes si je te manque. Si toi aussi, parfois, tu regrettes des trucs et si toi aussi, parfois, tu aurais changé un oui pour un non, un geste pour un autre, un mot pour une phrase, une phrase pour un silence, un silence pour un geste, pour un oui, pour un peut-être, pour un non. Ou rien du tout, ou tout ça à la fois.
Je me demande si parfois, tu penses à moi et tu écris des lettres dans ta tête, des lettres qui ne verront jamais le jour, ou peut-être si, mais elle resteront dans un brouillon de notes, protégées par un mot de passe que tu auras fait exprès de perdre. Le brouillon restera là, juste au cas où, mais la lettre ne partira pas.

Je me demande si parfois, tu repasses ces jours, ces semaines, ces fou-rires et puis ces mots plus lourds et ces cafés, ces verres, ces moments, ces silences et ces bonheurs, je me demande si tu te repasses ces nous-deux dans ta tête, comme moi je le fais parfois, souvent, ça arrive la nuit, quand on est tout seul et qu’on se rend compte qu’on se demande si tu te demandes et qu’on se rend compte qu’on s’est dit au revoir, qu’on s’était dit à bientôt, mais qu’on voulait pas se dire adieu.

On s’est jamais dit les choses, ou mal, ou pas quand il fallait, on s’est jamais dit les choses et je ne sais pas si un jour, on pourra changer ça et on pourra se dire, en riant, en souriant, tu te souviens, dis, tu te souviens, quand on s’était pas dit les choses et quand on se demandait si tu te demandais et quand on se demandait si je me demandais. Ou peut-être qu’on pourra se dire ça en riant, souriant et peut-être en pleurant un peu, en se disant qu’on a perdu bien du temps, en se demandant si.

Je me demande aussi, est-ce que tu sais, qu’on ne s’est jamais dit les choses, est-ce que tu sais que souvent, je pleure un petit peu, en me disant qu’on s’est jamais dit les choses ?

Je me demande si tu sais que parfois, je prends des billets d’avion dans ma tête, et j’imagine ce que ça ferait, si on se disait les choses, peut-être sur le pas de la porte seulement, parce que tu rirais de me voir arriver, mal coiffée d’heures d’avion impatientes et peut-être qu’on finirait par prendre un café et peut-être qu’on finirait par se retrouver. Je veux dire, vraiment.

Je me demande si parfois, tu penses aussi que ça vaudrait la peine, de prendre un billet d’avion, juste pour se dire les choses. Tu sais, je me demande ce que ça aurait été, si, et puis je me demande si tu te demandes ce que ça aurait été, si.

On laisse parfois les sentiments faner, et puis tu sais, c’est dommage, je trouve, mais je ne sais pas, je me demande si toi aussi tu penses ça. Est-ce que tu penses aussi que c’est dommage, est-ce que tu te demandes parfois si je pense que c’est dommage, et puis est-ce que tu demandes parfois ce que je fais, le samedi soir, est-ce que tu te demandes parfois si j’aurais aimé ce burger, ce film, cette chanson, est-ce que parfois, tu te demandes si je fais encore partie de ta vie, est-ce que parfois, tu te demandes si je me demande si tu fais encore partie de ma vie ?

Dis, est-ce que tu te demandes, parfois, si je pense encore à toi ?

43 Comments

  1. j’aime beaucoup ton billet, c’est un peu aussi ma leçon du jour sur le bonheur, est ce si facile de lui laisser la porte ouverte…
    et tu sais ce qu’on dit, l ne faut pas avoir de regret…alors peut être que ça serait bien qu’il sache que tu y penses…
    biz

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    1. C’est difficile, de dire les choses quand du temps a passé. Un comme si chaque jour, on se disait que « ça finira par s’estomper, ces regrets », mais bon, non, évidemment, mais c’est un peu trop tard pour changer les choses.
      Et parfois, je crois, parfois, on ferme la porte au bonheur, juste parce qu’on sait que ça va faire trop mal, après. En tous cas, c’est un peu comme ça que j’ai continué à fonctionner.
      Merci, pour ton petit mot, Virginie!

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  2. Oh, Camille, encore une fois, les larmes aux yeux devant mon écran, de bon matin … Merci pour ce joli billet, c’est toujours aussi doux, mais triste un peu, et ça fait remonter cette petite boule dans la gorge, je me demande à mon tour si lui (mais ça pourrait être un autre lui, et une elle, ou une autre, ces ami.e.s qui appartiennent au passé désormais) aussi se demande … Et puis, qu’est-ce que j’aurais fait, ou qu’est-ce que je ferai, bientôt, pas bientôt, pour que ce soit … un peu différent ?
    Bref, Camille, merci pour tes jolis billets, merci de partager tes questionnements avec des mots sans grand discours et sans blabla inutile … <3 <3 <3

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    1. C’est un petit peu triste, oui, c’est vrai. Et puis, oui, est-ce que ça serait différent, si ? C’est étrange comme les mots, qui sont pourtant tellement naturels, sont difficiles à sortir parfois. Bref, merci pour ton petit mot <3

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  3. Très joli billet plein d’émotions ! Qui trouve sa résonance en moi aussi… Tant de questions qu’on ne peut pas s’empêcher de se poser plutôt que d’avancer…

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  4. Qu’il est joli, joliment dit, joliment écrit ce billet. Il me pince le cœur, un peu, et puis il me touche beaucoup beaucoup. Ces questions je me les pose souvent, je n’ai pas les réponses… En tout cas, moi je pense souvent à toi, tu me manques, et te lire c’est toujours beaucoup d’émotions.

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    1. Pfiou, mais <3. Tu me manques aussi, puis les soirées à rigoler, puis aussi, je pense souvent que je devais venir vous voir, un jour, en Bretagne, et que finalement, je l'ai jamais fait.

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  5. Si ce n’est pas un message clair pour quelqu’un je ne sais pas ce que c’est. En tout cas c’est drôlement bien écrit encore. Je m’évade quelques instants à chaque fois que je lis l’un de tes billets. C’est toujours autant empli de simplicité, et ça fait du bien de lire des choses comme ça.

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    1. Ah ah, c’est plutôt un message à plusieurs quelqu’un, vraiment. Un il, un elle, mais aussi plus généralement, tous ceux qui sont sortis doucement de ma vie sans vraiment le vouloir.
      Merci pour ton petit mot, en tous cas!

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  6. J’imagine bien que ces jolies lignes ne me sont pas destinées, mais c’est l’occasion de te dire que :

    Je pense souvent à notre cabine partagée … et au coucher de soleil sur la mer baltique (que je n’aurais surement jamais pu voir sans toi) <3
    C'était un sacré cadeau et souvent je me dis qu'un jour moi aussi je pourrai t'offrir un beau souvenir comme ça … j'y pense et peut-être que j'en aurai l'occasion dans quelque temps, espérons-le … sache qu'en amitié je n'oublie jamais personne même si, comme tu le dis, la distance et le temps n'aide pas …
    Bisou bisou BbCam

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    1. J’ai mis tellement de temps à répondre à ton commentaire… Mais oh la la, si tu savais à quel point je me rappelle cette semaine de croisière, c’était extraordinaire et c’était aussi extraordinaire parce que partagée avec toi ! <3
      Un gros, gros, gros, gros bisou.

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  7. Ces lignes sont sublimes. Elles me parlent. Elles parlent de ma nostalgie, de ceux que j’ai aimé, des amis certes, mais des amours surtout. De ces petites histoires que je m’écris quand je n’arrive pas à fermer les yeux le soir. Des Paris en bouteille qui me font sourire mais aussi un peu mal à l’estomac. Des rêves silencieux qu’on finit par penser tout haut. Des discussions imaginées dont on a répété cent fois le dialogue intérieur. Merci.

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  8. Merci pour ce billet. De si jolis mots pour décrire ce sentiment que je connais bien aussi. Cela parait si simple et pourtant c’est si difficile parfois de se dire les choses.

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  9. Tellement beau ton texte ! D’autant plus que ça me fait penser à une personne en particulier, une personne pour laquelle j’aurais pris 1000 billets d’avion même pour l’autre bout du monde…

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  10. Camille.
    Merci pour ce beau texte comme a dit plus haut Louise Pirate. Je ne crois pas non plus quun seul de tes textes ne m’ait pas touché.
    Celui ci résonne particulièrement car dans mes divagations sentimentales (la commande du « tue ton coeur » by you c’est moi) Jai clique / ajoute cette personne Ét j’ai appris qu’il pensait toujours à moi Pas tous les jours bien sur. Mais quil y pensait. Peut être de la meme facon que moi Ou peut être pas mais il y pense… Je sais pas si Ca t’aidera de le savoir mais quand Ca a vraiment compte Ét quil ya des regrets de moments qui ne sont jamais arrivés alors quon le voulait tous les deux tres forts. (Mais Ca je l’ai su plus tard) Je crois qu’on y pense d’autant plus…
    Je t’embrasse et je vais relire ton texté tiens !!

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  11. Lire tes mots et voir pleins de souvenirs et de questions remonter à la surface.
    Se dire que si on a choisi que les choses se passent ainsi, il devait y avoir une raison, une intuition mais parfois aussi regretter, vouloir envoyer un texto pour raconter un truc que lui seul comprendra parce que cela rappelle un souvenir, un moment partagé …
    Je divague mais j’aime toujours autant lire tes billets, ils sont doux comme une pêche bien sucrée un soir d’été <3

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  12. Très beau texte. J’aime le rythme, j’aime que ce soit à la fois incarné, spécifique, et que cela parle pourtant à tous, que ce soit presque universel.

    Ça remet des images plein la tête, et serre un peu le coeur.

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  13. Quel joli billet! Et ça tombe tellement bien à ce moment précis ou je revois l’une de mes amies d’enfance, avec qui on passait tous les étés ensemble. ça faisait 10 ans qu’on ne s’étaient plus vues, plus écrit. Par un concours de circonstance on s’est retrouvées, 10 ans après, des chemins séparés, et plus grand chose à se dire. On ne connaissait plus rien de nos vies. Alors oui ça été sympa, on a ri, on a parlé, mais la complicité s’était définitivement envolée…
    Comme quoi, rien ne se rattrape jamais vraiment…
    A très bientôt 🙂

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  14. <3
    Ton texte est parfait.
    Et il fait écho à une longue amitié sans adieu et sans même au revoir, mais qui semble avoir atteint le moment où le feu a fini simplement par s'éteindre, parce qu'on a arrêté de l'alimenter. 🙂

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  15. Je me le suis demandé oui, j’ai eu un semblant de réponse, et puis maintenant c’est encore plus compliqué qu’avant.
    En tout cas je pense souvent à toi Camille, et je me dis que parfois, sans doute, les pensées arrivent à réchauffer les coeurs des gens qui sont loin et qu’on apprécie, même si ça ne remplace pas les mots.
    <3 <3 <3

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