Les sourires de l’apprentissage

J’ai toujours adoré apprendre des choses. C’est peut-être mon côté première de la classe qui fait ça, ou c’est peut-être l’inverse (je veux dire, peut-être que c’est que parce que j’ai toujours adoré apprendre que j’étais première de la classe)(j’étais tellement forte en dictée et en géométrie), je sais pas, mais toujours est-il que j’adore apprendre.

Je dis souvent que mon souhait le plus cher (en plus d’avoir un avocatier dans mon salon) serait d’être suffisamment aisée financièrement pour me passer de travailler et pouvoir passer mes journées sur les bancs de l’école, de la fac. Ou de n’importe quel autre atelier où je pourrais apprendre des trucs. Mon deuxième souhait le plus cher serait de me rappeler mon apprentissage de la lecture et l’écriture, d’ailleurs. Je trouve ça tellement dommage de ne pas me souvenir de quelque chose qui aujourd’hui est à peu près l’essence de ma vie (parce que je me rappelle encore de mon premier cours de BodyPump, qui est la deuxième essence de ma vie, alors ça va).

J’ai ce trait de caractère que je chéris le plus, je crois, qui est que je suis extrêmement persévérante. Parfois ça me rend très chiante et têtue, mais souvent, ça me permet de passer des heures et des jours et de semaines (et des mois, peut-être plus) le nez plongé dans des tutos et des sombres pages des internets (que je bénis pour être une mine d’informations sans fond). Comme en plus, je n’aime pas trop trop demander de l’aide (ça, c’est un défaut en revanche), je me débrouille toujours toute seule pour apprendre ce que je dois apprendre.

Quand on me demande où est-ce que j’ai appris à utiliser Photoshop par exemple, ou bien où est-ce que j’ai appris à faire des maquettes de magazines, ou des photos ou autre, j’ai toujours une petite pointe de fierté quand je m’entends répondre que j’ai appris toute seule. Je suis autodidacte dans un tas de domaines – en fait, tous les domaines qui sont aujourd’hui le cœur de mon boulot, puisque de mon diplôme d’architecte, j’ai juste gardé une profonde aversion pour le carton plume (qui se découpe jamais bien, ce con, et qui en plus de ça, est vraiment bien trop cher et pour couronner le tout, je faisais toujours des marques avec mes genoux dessus puisque j’étais toujours à quatre pattes au dessus pour que le cutter soit bien à la verticale), et sans doute aussi, une vaste connaissance sur les portées des poutres. C’est relativement tout, étant donné que j’ai fermé AutoCad pour la dernière fois la veille de ma soutenance de diplôme et que j’ai brûlé (dans ma tête) toutes les textures utilisables sur 3Ds Max.

Mais de ces années d’études, j’ai tout de même gardé cette soif d’apprentissage parfois un peu trop intense. L’école d’archi, c’est très bon pour ça – peut-être que toutes les écoles sont pareilles, c’est vrai, mais bon, j’en connais pas vraiment d’autres – parce qu’on nous donne beaucoup d’outils pour débuter, mais comme ce sont des études finalement très différentes suivant chaque personne (je suis d’ailleurs totalement fascinée par la diversité des projets qu’on présentait, avec le même énoncé)(je sais que c’est stupide comme fascination et que c’est bien normal, mais je toujours extrêmement fascinée aussi par la diversité des visages alors qu’on a tous un nez, deux yeux et une bouche, alors vous voyez, les objets de mes fascinations ne volent pas toujours bien haut)(du coup je sais plus ce que je disais). Enfin, oui, comme on avait des outils de base pour travailler et que chacun allait à son rythme, ça ma vite appris à me débrouiller toute seule parce que je voulais toujours savoir ce qu’il y avait si je cliquais plutôt sur cet outil de rendu et pas sur celui qui était indiqué au tableau.

Vous savez, je trouve ça toujours totalement excitant de se retrouver face à quelque chose que l’on décide d’apprendre, sans rien en connaître auparavant. Une grande page blanche qu’on va apprivoiser.
On commence par tirer quelques ficelles, pour tâcher de comprendre à quoi, comment, pourquoi, dans quel sens, et si je fais ça, et puis non, mince, ça ne va pas. Et puis on empile quelques briques, certaines tombent, certaines sont de travers ou à l’envers, certaines n’ont rien à faire là, on les enlève, on les remplace. Petit à petit, on commence à adopter le système de réflexion nécessaire à l’apprentissage, on apprend pas pareil à retoucher des photos ou à piloter un avion, je pense bien, on s’ajuste, on comprend que certaines choses passent en priorité alors qu’on avait l’habitude de les traiter en dernier, il y a une gymnastique presque permanente pour jongler entre tout ça, et je trouve ça follement stimulant.

Et puis, un jour, souvent après des nuits blanches et des litres de café, on réussit à écrire la ligne de code, à trouver la commande, le bon réglage, la bonne démonstration du premier coup, et puis on oublie aussi vite les heures passées à presque pleurer parce qu’on comprenait rien, parce que pourquoi ça marche pas, et puis pourquoi je me suis lancée dans ça alors que j’aurais très bien continuer à faire des bracelets brésiliens le dimanche, ça je sais bien faire.

On oublie tout ça et puis ça laisse place à cette grande fierté, ce petit truc tellement gratifiant qui sera toujours là, tu sais, j’ai appris toute seule.

16 Comments

  1. Ce billet m’a mis un sourire grand comme ça aux lèvres Je me suis retrouvée dans cet engrenage qui fait oublier tout le reste lorsque l’on veut en découdre avec « ce truc » qu’on aimerait savoir faire, comprendre, utiliser, s’approprier. Tous les instants libres pris pour continuer à comprendre et avancer… J’aime cette dynamique, elle me porte depuis toute petite et j’essaie d’en prendre soin sans trop me disperser (mais c’est dur, il y a tant de choses que j’aimerais apprendre encore). Et en meme temps c’est rassurant de se dire qu’on n’aura jamais fait le tour, qu’il restera toujours quelque chose à apprendre et explorer 🙂
    Douce semaine à toi et à bientôt ! (cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit ici un si long roman !)

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    1. J’aime bien quand tu viens écrire des longs romans ici! <3
      Comme je me retrouve aussi dans ce petit « il y a tant de choses que j'aimerais apprendre encore », souvent je me fais la réflexion qu'il faudrait que j'arrête de vouloir toujours creuser d'autres sujets, mais je suis vraiment trop curieuse et avide de connaissances pour laisser tomber!
      Douce semaine à toi, Célie !

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  2. J’adore ton article mais je crois qu’en matière d’apprentissage, je suis pas vraiment neutre. Je suis prof qui vit avec un autre prof (c’est l’auto-reproduction de l’espèce) (mais dans nos familles y’a zéro prof au-dessus, hein, l’idée est venue de nous, oui oui). Alors bon, aimer apprendre, et aimer enseigner, parfois l’un plus que l’autre, ou l’autre plus que l’un, mais les deux à la folie, forcément, je crois que c’est un peu mon essence, notre essence à tous les deux. D’ailleurs j’ai fait une liste de trucs que je voudrais apprendre, mais elle devenait trop longue, alors je la continue simplement dans ma tête. Dorian lui il fait aussi des listes de fou pour répertorier des choses, des choses sur des films surtout, il fait des tableurs sur excel de films à voir, et on a compté, il faudrait plus de trois ans non stop pour tous les voir, mais il continue quand même. Pendant ce temps, j’apprends la mandoline, plein de mots grecs et latins et puis l’Italien avec Assimil, et des poèmes aussi, et la balle de contact, et à faire un tour retiré propre pour la danse au milieu du salon. Quand j’étais petite, j’adorais apprendre des textes par coeur, j’en connais plein, des poèmes, ou des textes amusants, ou des extraits connus, je suis toujours surprise quand je vois que tout le monde ne fait pas ça, je croyais que c’était normal. Alors je les récite encore dans la voiture ou sous la douche. Certains, c’est mon papa qui me les a appris, parce qu’il les connaît aussi, mais on ne les trouve nulle part, même sur internet, alors je les récite souvent pour qu’ils ne disparaissent pas. Apprendre juste par coeur des mots, je crois que j’aime mieux, mieux que les apprentissages « physiques », peut-être parce que je suis un peu impotente et que j’y arrive mieux avec la tête, je veux dire que je retiens plus vite des vers que je ne parviens à faire un tour retiré propre. Pour le body bump je sais pas, j’ai jamais essayé.

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    1. OH LA LA, mais le truc de se réciter des textes dans sa tête, j’ai fait ça pendant des années avec mes poèmes préférés, ou mes passages de livres adorés. J’ai un peu arrêté à un moment donné – sauf pour mon poème préféré, Le Cancre, de Prévert. Je ne sais pas pourquoi j’ai arrêté, d’ailleurs.
      J’ai toujours vu mon papa creuser toutes les informations qu’on lui donnait (il ne s’est jamais contenté d’un « ah ok, c’est comme ça que ça marche, Snapchat* », il y avait toujours des mais pourquoi, mais comment, depuis quand)(* exemple totalement au hasard, je crois que je n’ai pas encore abordé avec lui Snapchat.)
      Pour le tour retiré propre, moi j’essaie de ne pas penser à tourner, mais à retirer vite. L’impulsion du retiré aide à tourner – pour faire un tour. La tête aide pour le deuxième. Mais c’est dur. Et c’est chouette.
      J’adore cette capacité de l’être humain à être capable d’apprendre aussi bien mentalement que physiquement, et la mémoire du corps me fascine. Encore aujourd’hui, j’arrive à me souvenir précisément des chorégraphies des ballets que j’ai dansés il y a 10 ou 15 ans, juste en lançant la musique et en dansant sans y penser. C’est fou.
      Et le BodyPump (même si BodyBump c’est mignon aussi), c’est chouette. Vraiment.

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  3. « Prof qui vis » c’est mieux avec un s. Et BodyPump. (Mais j’étais sincèrement persuadée qu’on disait Body Bump. C’est mignon aussi.)

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  4. Mon amoureux et moi, on est tout pareil que toi. Il y a tellement de choses que j’aimerai comprendre ! Je continuerai bien les études moi aussi 🙂 Je retournerai bien au lycée faire un bac S et L, des études en cuisine, en médecine, et en biologie ! C’est comme ça que je me suis retrouvée à parler chinois, à apprendre en même temps le russe et le coréen, tout en essayant d’apprendre à maîtriser illustrator et en faisant ma culture ciné pour apprendre à reconnaître les techniques cinématographiques.

    On a parfois l’impression de ne pas avancer, mais cette victoire et ce sourire quand enfin tu y arrives, c’est trop bon.

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    1. Oh mais oui, moi je voudrais retourner au lycée pour faire un bac ES, et puis peut-être aussi un bac L pour essayer de comprendre mieux certains textes. Et je voudrais faire des études de médecine (je voulais être neurochirurgien quand j’étais au lycée), et peut-être aussi la cuisine, oui, tiens. Et la biologie, ah, oui, j’en étais fan au lycée, c’était ma matière préférée, je voudrais étudier la génétique.
      Mais je trouve tellement stimulant justement, d’avoir un million de choses à apprendre en permanence, comme si le cerveau appelait toujours un peu plus à de nouvelles connaissances. C’est fabuleux.

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  5. Je me reconnais dans le tout début du processus, mais je suis à l’inverse de toi, versatile et inconstante… J’aime toucher à tout et n’être bonne à rien, même si finalement, je me débrouille pas si mal dans deux ou trois domaines, à force de ne pas faire gaffe!

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    1. Il y a forcément quelques domaines dans lesquels on est moins bons – heureusement, sinon je ne sais pas pourquoi on ne serait pas des supers-héros. Moi par exemple, j’ai appris à décoder le langage CSS et PHP, mais je suis incapable de coder from scratch. J’ai accepté que je n’y arriverai sans doute jamais, mais je continue à toujours mettre le nez dedans, pour comprendre un peu mieux!
      Par contre, pour d’autres domaines qui m’intéressent plus – la vidéo en ce moment – je suis bien décidée à y arriver pour de bon!

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  6. C’est rigolo car cet article est vraiment en adéquation avec ma journée.
    J’ai passé mon après-midi sur une question de mise en page pendant mon stage.A lire des articles de words, des forums, à toucher tout et même si je n’ai pas encore tout appris, j’étais contente de réussir à mieux apprivoiser l’outil au lieu de me buter en me disant que j’étais nulle en informatique.
    Je suis souvent plus à l’aise avec la lecture ou l’art et aujourd’hui, j’ai aimé aussi ce côté technique et chercher à acquérir une compétence et à 22 ans, il est peut-être temps !
    Sinon j’aime beaucoup tes petites fiches explicatives d’exercice de sport qui sont sur la photo, ça a l’air tout de suite plus intéressant comme ça les squats !

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    1. Hé hé, rendre les squats intéressants, c’est un de mes buts dans la vie !^^
      Mais je trouve ça tellement vrai, ce que tu dis, c’est important de chercher à comprendre plutôt que se braquer tout de suite en se disant qu’on est pas bons, ou pas faits pour ça. Évidemment, il y aura toujours des choses dans lesquelles on ne sera jamais excellents – C’EST DOMMAGE, mais c’est important, je crois, d’être quand même un peu curieux et de s’ouvrir à ces choses, même si c’est juste un peu en surface, avant de décréter que vraiment, non !
      (Et pour les soucis de mise en page, si tu as des questions, tu peux m’envoyer un mail, ça me fera super plaisir de t’aider !)

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