Paris is about life.

Je ne sais pas trop dans quelle mesure je vais être capable d’écrire, mais y’a cette boule dans le ventre et dans la gorge qui veut pas partir, alors peut-être que ça aidera. Vendredi à 15h30, heure de Montréal, j’étais comme d’habitude, au bureau. Les pâtissiers avaient fini leur journée, pour une fois tôt un vendredi et avaient sorti des bières, ils m’en avaient proposée une en me disant qu’on t’en propose pas, parce que t’aimes pas ça, la bière, toi, mais bon, tiens, tu veux une bière ? J’avais dit non, je venais de voir un tweet qui disait un truc bizarre et ça me donnait pas envie de célébrer le week end tout de suite. Une fusillade, à Paris, au Petit Cambodge.

Dans la pièce d’à côté, les collègues riaient, pressés de partir en week end et de profiter des bières, pas des terrasses parce qu’ici il fait un peu froid déjà, d’aller manger dans des restos, de sortir danser, de vivre en entier sans s’arrêter pendant la fin de semaine. Comme tout le monde, comme tout Montréal, comme tout Paris.

Quelques minutes plus tard, je ne sais plus trop combien, comment, le Bataclan, une terrasse, un bar, les rues.

Dans ma tête, c’est allé très vite. Ma petite sœur habite à Paris depuis quelques mois et je sais, je sais, je sais, que le vendredi soir, elle sort, elle boit des bières en terrasse, elle fume trop, elle rit beaucoup, elle aime si fort et je sais, je sais, je sais que ce sont les quartiers qu’elle aime, ma petite sœur, 26 ans au compteur. Je lui ai envoyé un message, pour savoir. Elle m’a répondu qu’elle savait pas de quoi je parlais, je suis stade elle me dit, y’a un match de la France.

Ça me rassure, environ quatre minutes. J’avais pas vu les explosions aux abords du stade. Alors j’ai commencé à avoir peur comme j’ai jamais eu peur, peur à aller vomir dans les toilettes du bureau, peur à en avoir les yeux qui voient plus rien et peur à ne plus rien pouvoir faire. J’ai envoyé d’autres messages à ma sœur, aux amis à Paris, regarder les tweets, qui parle, qui n’a rien, pour savoir, pour me rassurer un peu. Ma petite sœur est bloquée au stade, mais promis, elle m’écrit quand elle est rentrée chez elle. Frénétiquement, je remonte twitter, et j’arrive pas à croire que c’est réel, tout ce qui se passe là.

Ma maman m’envoie un message quelques heures plus tard, ta sœur est rentrée, elle est avec ses collègues, ça va aller. Ton frère était à Paris aussi, il va bien, elle ajoute. Moi j’étais dans l’entrée de chez moi, je me suis effondrée en sanglots, parce que ma petite soeur et mon grand frère vont bien, mais le monde va un peu trop mal pour rester stoïque et avancer sans rien dire.

Paris, je l’ai quittée il y a 4 ans, mais Paris, ça a été ma ville pendant 6 ans. Le Bataclan, j’y suis allée plusieurs fois, j’ai chanté, j’ai dansé, j’y ai bu des bières alors que j’aimais pas ça, mais parfois, le vendredi soir me faisait faire ça. Le Petit Cambodge, j’y ai mangé quelques fois, les rues prises d’assaut, les lieux, les noms répétés aux infos, je les connaissais tous bien et d’un coup, hier, Paris c’était ma ville à nouveau et je sais que ça aurait pu être moi, ça aurait pu être tous ceux que je connais.

Et puis aujourd’hui, je vois les visages de ces personnes à qui on a enlevé la vie vendredi, parce qu’ils avaient juste envie d’être en week end, et je vois ma petite sœur. Je vois ses amis, je vois mes amis, je me vois moi. Je vois juste derrière tout ça le bonheur et la simplicité d’un vendredi soir sans rien de particulier, et puis oui, voilà, c’est le bonheur, qu’ils ont visé, c’était juste le bonheur.

Alors bien sûr qu’il faut continuer, continuer à boire en terrasse, des bières, des mojitos, et quand il fera trop froid pour les terrasses, c’est pas grave, on continuera quand même ; conitnuer à aller à des concerts, à faire vivre le bonheur comme on l’entend chacun de nous, à rire, à sourire, à crier, à chialer, à sauter dans les flaques, à dire des gros mots, à fumer, à porter des jupes, à dire non, à dire oui, à jouir, à refuser, à chanter même si on chante faux, à écrire, à dessiner, à vivre.
Et à aimer aussi, surtout surtout à s’aimer.

24 Comments

  1. Je n’ai pas les mots depuis vendredi soir… Depuis hier les noms s’affichent, et j’ai surtout envie de crier, sans voix… Je suis soulagée pour mes amis, ma famille, et tellement triste pour les autres qui n’ont pas cette chance… Des bisous Camille.

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    1. Pareil, je suis soulagée de savoir les miens « bien » autant qu’ils puissent l’être, mais je vois sur twitter défiler les avis de décès suite aux avis de recherche et je peux pas m’empêcher de penser qu’ils sont les frères, soeurs, papa, maman, amis, copine, de quelqu’un.
      Des tas de bises, Céline et take care.

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  2. Oui il faut continuer à vivre, à aimer, à chanter à tue-tête, à porter de jolies jupes, à rire. Mais que c’est dur aujourd’hui. C’est peut-être un peu tôt. A moins que toute cette peur, les larmes dans les yeux des gens ne nous fassent réellement prendre conscience que rien ne sera plus comme avant.
    Douces pensées de Paris.

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    1. Douces pensées de Montréal. Rien ne sera comme avant, c’est certain, il flottera toujours cet événement tragique dans les rues de Paris, et dans les cœurs aussi, et c’est sans doute un peu trop tôt pour réussir à brandir le poing en disant qu’on va continuer, c’est vrai,
      Je t’envoie des <3, aussi.

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  3. Le cœur gros et les larmes au bord des yeux depuis mon réveil samedi matin et la découverte de l’horreur…Lire les infos, voir les avis de recherche, se dire que si on avait encore habité Paris ça aurait pu être nous, que l’on aurait certainement été au Bataclan ce soir là…Se demander dans quel monde vont vivre nos enfants, les serrer dans les bras et ne plus vouloir les lâcher, laisser couler quelques larmes…
    <3

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  4. j’étais chez moi, ce soir là, je n’étais pas sortie et quand j’ai vu la première alerte parlant d’une fusillade, je n’ai pas compris, je n’ai pas voulu comprendre … puis les alertes se sont enchainées et j’ai compris …
    J’ai commencé à vérifier que tout le monde allait bien, heureusement les messages sont arrivés vite, j’ai pu souffler un peu tout en pensant à ceux qui vivaient un vrai cauchemar.
    Hier, je suis passée devant le bataclan. C’était touchant toutes les bougies allumées, les messages d’amour et de paix mais aussi les gens attablés aux cafés du quartier qui recommençait doucement à vivre.
    et <3 parce qu'on en a tous besoin en ce moment

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  5. Nous vendredi soir on est allés voir James Bond au ciné. Ça faisait une éternité qu’on y était pas allés. Et puis, quand on est remonté dans notre montagne on s’est arrêté dire bonjour à un mec devant un bar qui fumait sa clope. Il nous a dit « il y a eu des attentats à Paris ». Nous « tu plaisantes ». On s’est penché, on a regardé le grand écran. C’était vrai. J’ai pris mon portable j’ai envoyé un message à mon pompier de Paris. J’ai eu peur pour lui, quand il m’a dit « je suis en vacances chez moi » je n’étais que joie. Puis j’ai continué mes messages à ceux qui étaient sur Paris. Pas grand monde au final mais quand même. Et puis on a allumé la télé chez nous. On a regardé. Et là j’ai compris, j’ai réalisé qu’il y a un mois j’ai tané mon chéri pour aller à Paris pendant le super pont du 11 novembre. On y est pas allé pour d’autres contraintes. Mais au final, on aurait pu être là dans ce bar, dans cette rue… Eux c’est nous.

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