jour de marché.

Je voulais vous raconter quelque chose.

La semaine dernière, j’ai fait un gros marché, avec ma papeterie papermiint. Ce n’était pas le premier, mais c’était le premier organisé par une grosse structure – etsy – et pour lequel je bénéficiais en amont de la visibilité de la sus-mentionnée structure, participant ainsi un peu plus à mon avancée dans la cour des entrepreneurs créatifs.

J’avais très peur : faire un marché, au delà de l’investissement en temps, en énergie et en stress, c’est aussi toujours un assez gros investissement financier, en tous cas lorsque l’on débute. Outre la location du stand, il y a toute la partie « merchandising » à prévoir : avoir un espace un petit peu propre, réfléchir un tant soit peu à un univers, avoir un stock suffisant et tout l’emballage qui va avec, bref, c’est compliqué d’arriver les mains dans les poches avec uniquement quelques produits à présenter.

Même en étant loin de réussir à faire ce que j’imagine encore – malheureusement ma capacité d’investissement financier reste limitée – il y a tout de même toujours beaucoup de petites dépenses qui s’ajoutent, sans qu’elles ne soient forcément prévues et qui font forcément réfléchir un tout petit peu avant de dire oui à un marché comme ça. Refroidie par ma dernière expérience de marché, j’ai vraiment beaucoup hésité avant de dire oui et puis finalement, bon, j’ai validé mon inscription.

Ce marché, c’était pour un moi un petit « ça passe ou ça casse ». Je suis arrivée à un stade où je ne peux plus investir sans retour et cela me fait me poser beaucoup (trop) de questions en permanence. Pour des raisons qui me sont tout à fait personnelles, je veux éviter d’emprunter de l’argent à mes parents, parce que j’estime que c’était mon choix de plaquer mon boulot sans vraiment planifier la suite (= sur un coup de tête, oui) et que si je veux lever des fonds pour avancer, je dois me débrouiller toute seule pour le faire.

C’est encore un autre sujet, puisque cela implique finir mon plan d’affaires commencé il y a quatre mois et pour lequel je bute encore, parce que j’ai beaucoup de mal à admettre qu’il faut que je donne une valeur monétaire à mon travail et que vouloir vivre de mes créations ne fait pas de moi un monstre cupide.

Bref, je m’étais dit, à la veille de ce marché, que si cela fonctionnait, je continuais et j’arrêtais d’inventer des excuses pour ne pas avancer, mais que si cela ne marchait pas, j’arrêtais les frais ici et je retournais chercher un travail, quitte à continuer à fabriquer quelques cartes pour m’amuser. Cela n’a pas été une réflexion facile à mener et je vous avoue que l’une des raisons de mon absence ici est que mon moral n’était pas forcément au plus haut à cause de tout ça dernièrement (évidemment, pas que ça, mais sachez que le retour des courges rôties dans mon alimentation m’a fait le plus grand bien au moral).

Lorsque je suis arrivée pour installer mon stand, le jour J, je regardais partout autour de moi, en ne pouvant m’empêcher de constater qu’une fois de plus, j’étais un peu bancale. Mon stand était un peu de travers, pas tout à fait fini et me faisait penser à tous mes projets d’archi à l’école, pour lesquels mes profs s’arrachaient les cheveux en me disant que je pourrais être brillante si je voulais bien me donner la peine d’arrêter de tout saboter avant la fin de peur de ne pas réussir à 100 % comme je le voulais.

Cela a toujours été l’un de mes plus grands défauts, je crois. Un perfectionnisme maladif, qui se transforme en peur panique de ne pas réussir parfaitement, et qui provoque une sorte de retour en arrière et de blocage total, contre lequel tous les mottos du monde accrochés au dessus de mon bureau n’y peuvent rien.

Enfin, bref. Ce jour de marché, j’avais les larmes aux yeux le matin, en me maudissant de ne pas être capable de passer par dessus cette recherche constante de perfection qui n’arrivera jamais, parce que personne n’est parfait, point. Lorsque les portes se sont ouvertes au public, je tremblais un peu et j’aurais voulu pouvoir partir en courant – mais enfin j’avais quand même un peu trop de stock pour partir vraiment en courant (je conseille d’ailleurs le skate comme substitut de fortune au diable, pour transporter mille et une caisses de cartes, ce qui a beaucoup faire rire tous ceux que j’ai croisés avec cette installation).

Et puis. Et puis les premières personnes se sont approchées de mes cartes, et il y a eu des compliments. Des éclats de rire en lisant certains textes, des sourires attendris en voyant certains dessins. Des « oh la la, mais j’adore » et des « mais c’est génial, ce que vous faites ». Des « dites, vous feriez des commandes sur-mesure, aussi ? » et des « mais que vous écrivez bien, que c’est bien pensé ».

Et puis ces deux petites phrases que j’ai décidé de garder bien gravées dans ma mémoire, pour les jours un peu plus gris, « c’est fin, c’est sensible, c’est délicat : c’est parfait, ce que vous avez créé », lancé par une vieille dame qui regardait mes cartes avec un sourire sincère, et un « tes cartes, elles reflètent exactement ce que tu dégages, et c’est rare, tu sais, de voir ça dans une marque, je crois », soufflé par ma voisine de stand, à la fin de la journée, après avoir passé des heures à papoter entre deux vagues de clients.

Ce que je voulais surtout vous raconter, c’était cela : parfois, on découvre des créateurs, dans n’importe quel domaine, et puis on ne peut pas acheter tout de suite, pour tout un tas de raisons, qui sont bien valables d’ailleurs. Et on s’imagine souvent que la seule manière de soutenir un artisan, c’est d’acheter, alors on ne lève pas trop les yeux pour ne pas croiser le regard de la personne derrière son stand. Bien sûr, oui, in fine, c’est grâce aux ventes que l’on fait que l’on peut développer une marque, je mentirai si je prétendais le contraire.

Mais, je crois que ce que je voulais souligner, c’est que ces trente secondes que vont vous prendre de vous arrêter pour complimenter la personne valent de l’or, même si vous pensez que cela va se noyer dans les pensées d’une journée trop chargée. Prenez ces trente secondes, même si vous pensez que cela ne sert à rien puisque « de toutes façons je ne peux rien acheter ». Qu’envoyer un petit message à un·e créateur·trice juste pour dire « j’aime beaucoup votre travail » ne sera jamais-jamais une perte de temps. Qu’un like en plus sur Facebook ou Instagram ne sera pas vain. Que parler d’une jeune marque, même sans en être forcément client encore, ne sera jamais inutile.

Voilà ce que je voulais vous raconter. N’oubliez jamais de glisser des petits mots doux aux personnes dont vous admirez le travail, parce que c’est précieux, pour nous, de savoir que derrière nos petites galères entrepreneuriales, il y a des personnes qui nous aiment bien.

6 Comments

  1. Alors, je vais le faire là. J’aime beaucoup ton travail, sa finesse et sa délicatesse.
    Je ne suis pas encore cliente, mais j’espère bien le devenir! Et je te souhaite de continuer de croire en tes rêves!

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  2. Je me reconnais sur pleins de choses… Sans faire de produit physique. le fait de quitter son boulot et vouloir vivre d’un blog… C’est un challenge… Et réussir à mettre une valeur sur son travail…
    Bref je vais pas reprendre les autres points de ton article mais courage je comprends tout ça et tu as tout mon soutien ! 🙂

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  3. À chaque fois que je te lis Camille, je me sens remplie d’émotions. Et je ressens le besoin de « digérer » un peu tout ça, tout ce que tes jolis mots ont provoqué en moi, avant de venir poser les miens par ici.
    J’ai envie de te dire 1001 choses mais comme je t’écris encore une fois en mode « pyjama-dents-pas-brossées-cheveux-pas-coiffées » et qu’il faut que j’enfourche mon vélo pour aller au travail d’ici peu, j’en resterai à l’essentiel. Déjà, je trouve cela admirable que tu aies osé lancer ton entreprise, malgré tes incertitudes, malgré tout ce que la société nous renvoie au sujet de la « sécurité financière ». Tu as osé, tu as essayé, tu continues, tu persévères, tu vas t’adapter. Et il faut forcément passer par là avant de trouver son équilibre, ce qui marche pour soi et ce qui nous plaît surtout.
    Et j’adore ton histoire de marché. Parce que ça prouve que quoi que l’on ose faire, il en ressort toujours quelque chose. Quelque chose d’important. Peut-être pas ce que l’on avait espéré, pas ce à quoi on s’était attendu. Mais quelque chose quand même. Et là, on sent que ça valait vraiment la peine que tu transportes ton matériel sur ton skateboard et installes ton stand bancal… Parce qu’après ça, il y en a eu des paillettes. Dans les yeux des gens et dans ton cœur aussi. Et ça, j’espère que tu t’en souviendras longtemps, dans tes moments de doute, de « et si », et « pourquoi », etc.
    Et oui, mille fois oui, pour prendre le temps de dire aux gens que leur travail nous plaît. Je le fais presque systématiquement lorsque je croise des artisan·e·s sur les marchés ou ailleurs. Même si j’achète rarement.

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  4. Bonjour,
    Je ne commente jamais, mais je te suis depuis longtemps dans l’ombre !
    J’adore vraiment ton univers, et cette année, ce sont tes cartes que j’ai commandé (reçues hier d’ailleurs, merci !).
    Alors, stp, continue à croire en toi, en ton talent, et à proposer ces mignoneries !
    Bonne continuation !
    Marine

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  5. J’aime beaucoup votre travail Mademoiselle
    Blague à part, j’espère que cette expérience va t’aider à croire un tout petit peu plus en toi. Tu en vaux la peine.

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