les parentheses - blog à histoires et à virgules

et puis, la radio.

lundi dernier, alors que je vaquais à mes activités d’un lundi matin bien bien ordinaire (à la différence près que j’étais en espèce de gueule de bois de sport) (c’est comme une gueule de bois d’alcool, mais à la place d’avoir bu des gin to la veille, j’avais fait trop de vélo) quand j’ai reçu un mail de T., journaliste à France Inter (OUI) qui me disait, globalement, que suite à la lecture de cet article qu’il avait trouvé absolument génial (j’extrapole un peu), il aurait bien voulu que je dise quelques mots lors d’une prochaine émission qui allait parler de l’amitié.

vous dire que j’ai bondi sur ma chaise serait légèrement en deçà de la vérité puisque j’ai bondi sur ma chaise, certes, mais j’ai également poussé des petits cris hystériques, j’ai fait des petits sauts de cabri et j’ai envoyé un message, je crois plein de points d’exclamation, à mon amie C. pour lui signifier mon état.

évidemment, j’ai répondu sans même réfléchir que bien sûr que oui, je voulais bien, même si cela voulait dire me lever à 3h30 du matin parce que c’est une émission matinale en France et que c’est toujours en direct, même si cela voulait dire aussi parler par téléphone (je suis phobique du téléphone, à peu près) à des gens que je connais pas (je suis associable, à peu près) et ce, écoutée par des milliers d’auditeurs (après une recherche infructueuse sur les parts d’audience de cette émission, j’ai laissé tomber l’idée de vous donner un nombre exact, alors disons, beaucoup), alors que je suis agoraphobe, à peu près.

évidemment, je n’ai pas répondu tout cela, j’ai pris le temps de composer un message clair, posé, digne d’une femme qui passerait à la radio deux jours plus tard, non sans glisser QUAND MÊME que j’étais GRAVE FAN DE L’ÉMISSION et j’ai mis quelques petits oh la la ébahis dans mon message, je crois aussi.

après avoir convenu d’un rendez-vous téléphonique pour le lendemain, qui m’a laissé 24 heures pour avoir les mains moites (qu’est-ce que je vais dire ? et si je bafouille ? et s’il me trouve vraiment exécrable et qu’il décide que finalement, bah non, tu vas pas parler à la radio, merci, continue plutôt à écrire des billets sur ton blog une fois tous les six mois, cela te convient mieux ? et si je dis un truc qui blesse les gens, parce que parfois, je suis un peu triste quand je parle d’amitié ? et si je dis des phrases sans aucun sens ? PIRE, et si j’oublie de faire les liaisons entre les mots en parlant ?), j’étais sur le qui-vive, mardi à 10h pile. lorsque le téléphone a sonné, j’ai laissé passé les trois ou quatre sonneries réglementaires (vous savez, celles qu’on applique – appliquait, parce que maintenant, on fait tout par message et c’est mieux comme ça si vous voulez mon avis mais c’est pas le sujet – quand on attend qu’un garçon vous rappelle – ou une fille d’ailleurs, mais je parle de ma propre expérience, alors voilà – après une date hyper cool mais où on veut pas passer pour la fille qui ATTENDAIT son appel alors on laisse un peu sonner même si on a passé les dernières heures avec le téléphone greffé à la main – encore une fois, j’extrapole tout ça, parce que personnellement, je redoute toujours beaucoup qu’un garçon m’appelle, je suis vraiment phobique du téléphone, même après une date cool) (j’ai perdu le fil de ma phrase).

j’ai décroché donc et puis après avoir passé deux minutes à me dire que ce monsieur à l’autre bout du fil avait une voix extraordinairement charmante, on a discuté de l’amitié, de ma conception de l’amitié, de ce qu’impliquait déménager beaucoup pour les amitiés. bref, on a parlé de mon sujet de prédilection pendant de longues minutes et quand on a raccroché, après s’être donné rendez-vous (téléphonique, encore, évidemment) le lendemain à QUATRE HEURES DU MATIN POUR MOI DONC, j’ai envoyé un message à ma petite sœur pour lui demander si on pouvait tomber amoureuse de quelqu’un juste parce qu’il a une voix extraordinaire et qu’il vous écoute parler d’amitié en rebondissant avec des propos très censés sur ce qu’on dit.

elle m’a dit oui, mais oublie pas que tu es déjà amoureuse de Martin Weill. rabat-oij.

bref.

malgré mes tentatives de méditation et de yoga-pyjama, je n’ai bien évidemment pas fermé l’oeil de la nuit, et à trois heures trente, j’étais en train de parler toute seule dans ma chambre pour échauffer ma voix, histoire de pas avoir l’air de quelqu’un qui sort du lit, alors que c’était quand même le cas.

j’avais encore les mains très moites et le cœur qui battait beaucoup trop vite, mais j’avais préparé des petites fiches pour dire tout ce que je voulais dire (c’est à dire, j’avais résumé sur deux fiches le fil de ma pensée, parce que tout ce que j’ai à dire sur l’amitié tiendrait probablement dans une encyclopédie reliée en dix volumes) et puis après deux ou trois tests de son et un « bonjour Camille » lancé par Ali Rebeihi, j’étais à l’antenne.

je crois que je n’ai pas bafouillé, mais j’aurais voulu pouvoir en dire tellement plus.

que non, je ne suis pas désabusée face à l’amitié, mais que oui, parfois, je trouve cela triste, de perdre des amis, même si on se fait une raison, même si on finit par admettre que parfois, la vie arrive. et que parfois, la vie arrive en séparant des personnes, et que ce n’est pas pour cela que tout ce que l’on a vécu avant disparaît.

que parfois, l’amitié, c’est simple et c’est évident, mais que parfois aussi, l’amitié, c’est plus compliqué, c’est un peu emmêlé, c’est un peu trop ou c’est pas assez, mais que ça compte quand même et que ces personnes sont tout de même importantes.

que si je n’ai jamais eu d’amis d’enfance, j’ai eu des amis d’enfant, des amis d’adolescente, des amis de jeune adulte, des amis d’un peu moins jeune adulte et que ces amis, même s’ils ne m’ont pas connue quand j’avais deux couettes sur le côté, où qu’il ne me connaîtront jamais avec les cheveux roses (j’ai les cheveux roses maintenant) (enfin, un peu roses), sont quand même et ont quand même été des piliers de ma vie et qu’ils le restent, même après des années sans s’être parlé, même après des années sans s’être connus.

que même si la distance pèse dans la balance – les kilomètres et les heures en plus, en moins, jouent forcément sur une relation, personne ne peut le nier – et bien même si la distance est présente, ce n’est pas si grave, bien sûr que le relation change, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’est plus et cela ne veut pas dire qu’elle est moins forte, moins importante. elle est juste différente.

bref, j’aurais voulu en dire tellement plus, alors comme me disait une amie : tu vois bien, écrire des billets qui font pleurer tout le monde sur ton blog sert à quelque chose, bon, et bien je vais peut-être reprendre un petit peu la plume et finir les 28 brouillons qui parlent de l’amitié, encore et toujours, pour en parler ici.

(en attendant de créer mon podcast sur le sujet.)

oh. et si vous voulez réécouter l’émission, ce que je vous invite fortement à faire, pas seulement parce que vous aurez le privilège d’écouter ma voix au téléphone, ce que seuls mes parents ont la chance de faire, mais surtout que parce que cette émission est réellement géniale, parce qu’elle parle « des petites choses de la vie quotidienne », le podcast est ici !

oh², notez comme je vous glisse subtilement une carte de ma papeterie papermiint.

8 Comments

  1. Encore une fois, je crois que j’ai les larmes aux yeux en lisant tes mots sur l’amitié. Je file écouter cette émission de France Inter que je ne connais pas (c’est étrange parce que j’écoute beaucoup trop France Inter).
    ( Et puis, Martin Weill <3 )

    Répondre

  2. J’aime tellement cette émission, je la trouve vraiment bienveillante ( et je suis pour plus de bienveillance tout le temps ! )
    Sinon je pense que je m’abonnerai direct si tu créais un podcast sur l’amitié mais en attendant j’ai hâte de lire tous tes articles sur le sujet 🙂

    Répondre

  3. Comme j’écoute Grand Bien Vous Fasse à peu près tous les matins, dans le désordre, selon mes envies du jour, j’avais hâte de t’entendre dans ma salle de bains. Et puis en plus tu es arrivée tout au début <3
    Et je me suis dit que tu aurais pu encore en dire bien plus. Et que tu avais l'air un peu triste quand même, en parlant de l'amitié. Enfin, que certaines du moins t'ont laissé un peu de tristesse qui ne se gomme pas si facilement (mais tu sais, je comprends, et j'ai envie de te prendre dans mes bras et te dire que ce n'est pas grave, c'était beau quand même)

    Répondre

  4. Oh ça fait un moment que je ne suis pas venue sur ton blog, mais c’est trop chouette d’entendre ta voix sur France Inter, ça doit te faire bizarre aha, mais c’est un accomplissement 😉 et puis car ducoup je découvre cette émission par la même occasion!

    Répondre

  5. Tout ce que je retiens, et je te remercie pour ces mots, c’est que certaines amitiés ne sont pas faites pour durer toute la vie & que d’autres sont faites pour revenir à un moment donné… Voilà. Ça me déculpabilise un peu, moi, qui suis petit à petit entrain de me détacher d’une amitié qui a été si forte pendant mes années en école d’archi (l’genre d’amie pilier pendant les phases de doutes, de pleurs et de charrette, l’genre d’amie avec qui tu partages tout, du plus important au plus futile, l’genre d’amie qui tente un PVT Canada pour « t’rejoindre »…) & PAF, vous vous retrouvez à Montréal, en même pas 1an chacune a un peu changé, évolué, je sais pas, mais y’a plus rien. Plus de complicité, plus rien à se raconter. On fait des efforts, on se force presque, mais en vain.

    Ça reviendra, donc. Ou pas.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *