Et puis, vous ?

Deux mois sans écrire : cela faisait longtemps que je n’avais pas autant délaissé ce petit bout des internets, peut-être même que ça ne m’était jamais arrivé, de rester aussi longtemps sans rien dire.

J’avais bien sûr oublié mon mot de passe en voulant me reconnecter, et ce, plusieurs fois, puisque l’une des plus grosses tares de ma vie est bien celle-ci : l’incapacité chronique à me rappeler mes mots de passe. Ça, à égalité avec ma propension à tomber amoureuse de garçons trop compliqués, mon inaptitude à terminer mes tasses de café et l’impossibilité de doser correctement les pâtes (j’en fais toujours bien trop, et comme j’aime bien trop ça, je mange tout, et j’ai mal au ventre après, en me promettant que plus jamais je ne mange trop de pâtes, mais comme je ne mange des pâtes que très rarement, je n’arrive jamais à me rappeler combien de pâtes j’avais mis la dernière fois pour que cela fasse trop, alors je fais toujours à l’oeil, oh, là, devrait aller, mais au final j’en rajoute toujours un peu, au cas où, et puis s’il y en a trop, je les garderai pour demain, mais évidemment, jamais, parce que les pâtes réchauffées, ce n’est pas bien bon).

Et puis, pour être très honnête, je ne sais même plus si j’ai vraiment beaucoup de choses à dire, en ce moment. Je veux dire, si, bien sûr, j’ai des tas de choses à dire, mais je me questionne beaucoup sur tout ça. Sur la légitimité à écrire, sur l’intérêt, même, d’écrire des choses alors que d’autres le font mieux, et plus souvent, et avec des plus jolies photos, tout en rouspétant parce que je sais très bien que je ne devrais pas penser comme ça, parce que ma maman me le dit assez souvent, que j’ai du talent et qu’elle m’aime très fort (ce qui n’a aucun rapport avec le fait d’écrire ici ou pas, mais enfin) et que, sur un espace qui n’a aucune autre vocation que celle d’abriter des essais d’écriture, d’histoires et de parenthèses, la question de la légitimité ne devrait pas vraiment se poser, que diable.

Alors, quand j’essayais d’écrire, les premiers mots étaient hésitants, les premiers paragraphes trébuchaient sur des tournures de phrases qui ne me correspondaient pas – alors que je n’ai jamais eu vraiment de souci pour ça avant, j’écris sans jamais réfléchir si ce que j’écris me correspond ou pas, puisque je suis incapable de me forcer à écrire dans un autre style, alors au bout de deux ou trois tentatives ratées, qui m’ont fait finir roulée en boule dans mon tipi, je me suis dit que, peut-être, il fallait arrêter de se forcer, les mots reviendront bien un jour.

Deux mois sans écrire, deux mois d’été, deux fois trente et un jours qui ont, encore une fois, défilé à une vitesse folle. Deux mois de plus à apprivoiser doucement ma nouvelle vie de freelance, à commencer à répondre sincèrement que : oui, même si c’est chouette, c’est difficile d’être à son compte, non, je ne peux pas sortir ce soir, parce que je n’ai plus vraiment les moyens d’aller boire des gin-to dehors, oui, j’ai prévu de travailler samedi, et dimanche, oui, aussi, et oui, je sais qu’il faut que je prenne de jours de congés, mais vous savez quoi, là, ça me fait plus peur qu’autre chose, de m’arrêter de travailler, alors laissez-moi faire comme ça pour le moment, oui, je me ronge beaucoup plus les ongles qu’avant, évidemment et oui, je me réveille parfois au milieu de la nuit, paniquée parce que j’ai encore des choses à faire et que je ferais mieux d’allumer mon ordi au lieu de dormir, alors je me mets à travailler de manière totalement inefficace parce qu’à trois heures du matin, c’est pas le moment, oui, je sais, j’ai des cernes, mais je n’ai pas très envie de me maquiller et oui, j’ai peur, souvent, de ne pas y arriver.

Mais non, je ne regrette pas une seule seconde d’avoir quitté mon travail pour décider de mes journées autrement.

Alors voilà, deux mois d’été dans lesquels j’ai lu : beaucoup. J’ai couru : pas autant que je l’aurais voulu. J’ai renoncé à mon marathon avec le coeur un peu lourd, mais avec le sentiment d’avoir compris, aussi, que parfois, il faut arrêter de vouloir tout faire en même temps (peut-être que c’est ça, grandir), mais j’ai fait un triathlon, quand même. J’ai mangé des fraises : délicieuses, et des tomates : sans goût, je suis allée au marché, profitant de cette flânerie pour faire comme si j’étais, moi aussi, en vacances ; j’ai repeint des trucs dans mon appart, essayant de le rendre un peu plus comme j’aime, un peu en vain pour le moment ; j’ai écouté plein de musique classique, parce que j’aime bien écouter de la musique classique et parce qu’il y a quelqu’un dans mon entourage qui est assez bon pour me faire découvrir des chouettes morceaux qui donnent la chair de poule parce que la virtuosité, oh la la, en alternant avec Cigarette After Sex, que ma petite soeur m’a fait découvrir ; j’ai ri aux éclats devant la vidéo de ma petite nièce qui joue au foot en disant que plus tard, elle fera du football, puis devant ma nièce qui chante ohé ohé matelot, mais elle dit ohé ohé matelot, matelot david sur les flots, je crois qu’elle n’a pas exactement compris encore les paroles, mais je ris d’avance en imaginant que dans dix ans, on pourra lui dire, en riant aux éclats autour des restes d’un repas qui aura duré trop longtemps, tu te rappelles, quand tu étais enfant, tu disais ohé ohé matelot, matelot david, et cela restera comme une de ces blagues qui nous font hurler de rire quand on y repense, qu’importe le moment où on y pense, vous savez, ces moments où on pique des fous rires seul, dans le métro, dans la rue, sans pouvoir s’en empêcher, tant pis si on a l’air un peu fou, un peu heureux, un peu ailleurs.

Alors voilà, deux mois d’été dans lesquels je me suis posé beaucoup de questions, bien sûr (le soleil n’a pas cette capacité à me rendre sereine), tout le temps la même, est-ce que je reste, est-ce que je pars, et puis est-ce qu’il y aura un moment où je serai certaine de mon choix, nom d’une pipe ; deux mois d’été pendant lesquels je n’ai toujours pas fait la paix avec mon corps, mais quand même, ça va un peu mieux ; j’ai pris des décisions sur mon avenir, et tant pis si c’est encore un zig-zag de plus à mes choix professionnels ; j’ai tué des plantes, comme toujours, et l’océan m’a manquée, comme toujours ; j’ai beaucoup réfléchi aussi à mes cheveux, parce que je ne sais pas quoi faire avec eux, j’ai envie de couper très court, mais la seule fois où j’ai coupé très court, j’avais 20 kilos en moins, alors je ne sais pas si j’ai envie de retrouver cette image de moi dans un miroir, et puis je crois que j’ai envie de mettre du roux et du rose dedans, mais je sais pas si j’ai envie de passer du temps à m’occuper du roux et du rose dedans ; j’ai essayé de mettre du vernis nude, pensant que, puisque j’ai un peu bronzé, ça serait joli, mais en fait pas du tout, parce que sur des ongles rongés, c’est laid, tout simplement ; j’ai mis au point une recette plutôt extraordinaire de scones aux patates douces, farine d’avoine et noix de coco que je partagerai peut-être ici un jour, lorsque j’aurais arrêté de me poser des questions sur ma légitimité à vous parler d’une recette somme toute assez basique et surtout, comment vous en parler, parce que je veux faire des vidéos, mais guess what, j’ai un peu peur de laisser mon perfectionnisme gâcher tout ça.

J’ai aussi pris la décision d’être un tout petit peu plus égoïste et d’arrêter de dire oui à tout, tout le monde, tout le temps, pour dire à la place que non, en fait, je ne peux pas vous aider parce que je suis en train de monter mon entreprise et que j’aimerais bien, pour une fois, me concentrer sur moi, avant, et tant pis si c’est un peu mal vu, tant pis si c’est mal compris, tant pis pour tout ça.

Alors voilà, deux mois d’été pendant lesquels il ne s’est pas passé grand chose, ce qui expliquerait probablement pourquoi je n’ai pas été capable de venir écrire avant ; mais deux mois d’été pendant lesquels il ne s’est rien passé que je viens tout de même de vous raconter en 1500 mots et presque pas de parenthèses.

Et puis, vous ?

15 Comments

  1. Te retrouver, c’est si doux.

    Et puis moi ? Vingt-et-un jours loin de l’amoureux entourés d’autres jours mi-doux mi-amers. J’ai pris ces vingt-et-un jours comme une expérience de développement personnel : comment on fait pour vivre avec ses angoisses quand ça fait 6 ans qu’on est jamais seule ? C’est génial de n’être jamais vraiment seule (sinon je ne me serais pas mariée, eh), mais ça m’a je crois rendue incapable d’autogestion. Alors loin de lui, loin de tout, dans un endroit où la 3G restait un concept aléatoire, j’ai réappris à être seule. J’ai recommencé à écrire un journal intime – et des bouts de mon roman. J’ai lu jusqu’à plus soif. J’ai essayé de faire des longueurs mais il y avait toujours plein de monde à la piscine.

    J’ai découvert des tas de choses et je me suis posé plein de questions. Je crois que j’ai découvert un truc gigantesque qui doit encore grandir avant que j’en parle. J’ai décidé de laisser la vie me montrer quels projets abandonner pour me préserver. Je me suis un peu retrouvée, je crois.

    Ah, et je t’ai écrit une carte aussi mais la poste de là-bas n’était jamais ouverte pour que je puisse l’affranchir pour jusqu’à chez toi, alors je l’ai postée aujourd’hui. J’espère que tu la recevras. Je t’embrasse <3

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  2. Les pâtes réchauffées et gratinées au four, ça peut être encore meilleur ! En tout cas, ne te pose pas de question sur la légitimité de tes écrits sur ton blog … tes posts sont toujours très beaux 🙂

    (bon sinon, pour répondre à ta question, ça tombe bien, je viens justement d’y répondre sur mon blog (coïncidence de folie !))(ça fait un peu « jefaismapub » mais … c’est un peu bête de faire un copié-collé !)

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  3. Oh ouiii la recette des scones aux patates douces!
    C’est un peu nul quand tu n’écris pas tes parenthèses pendant si longtemps, mais heureusement qu’on te retrouve sur twitter et instagram. Ça fait patienter !
    Cet été pas de vacances mais une démission qui s’est faite beaucoup trop attendre, et ça fait du bien!
    Continue d’y croire Camille, il est beau ton projet de papeterie!
    Bon courage !!

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  4. Quand je lis des trucs tellement nazes sur des bo He telrment « célèbre » et qu’ensuite je mimis tes mots qui comme à chaque fois sonnent juste, je me dis que ce ne sont pas les bonnes personnes qui se posent la question de la légitimité.
    Sinon moi l’été avait bien commencé avec ce gars et puis encore c’etait pas le bon, et jai encore eu le cœur brisé que j’ai noyé dans l’alcool. Et puis du coup j’ai pris mon sac à dos et je suis partie surfer 15 jours au Portugal et Jai écrit plus que ces deux dernières réunies et Jai un blond parfait. Mais il faut rentrer maintenant et faire je ne sais pas quoi pour changer les chose. Peut être arrêter Tinder deja. Je sais pas. Bref Cetait l’été.
    Prends soin de toi ma belle et crois en toi parce que tu as du talent.

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  5. Et bien moi… je viens de découvrir ton blog et… ta parenthèse m’a beaucoup plu… le ton, le rythme, les sujets… la vie…
    C’est chouette de te concentrer sur toi… de prendre le temps… C’est dure aussi de s’écouter… de s’aimer… Fais de ton mieux… en tout cas c’est ce que je me dis… ça ne marche pas tous les jours… il y a des jours ou les marécages empêchent de bouger… de respirer… mais même dans ces jours là il y a… un rayon de soleil apaisant… un dessert gourmand… des larmes libératrices qui chuchotent… ça va passer… et que même si tu as peur… au moins tu vis… tu vis vraiment.
    je passerai de temps en temps voir si la recette des scones y est… si tu nous a laissé des mots doux…

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  6. Comme c’est agréable de retrouver tes mots, ça fait le même effet qu’un bon thé bien chaud
    Je partage totalement ton inaptitude à retenir les mots de passe !
    Sinon cet été je suis partie seule un mois et demi découvrir la Corée et le Japon. C’était chouette parfois un peu dur mais je n’en retiens que le meilleur et maintenant un déménagement encore un pour retrouver une ville que je connais mais qui a bien changée.

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  7. C’est toujours un réel plaisir de te lire Camille. Ta manière d’écrire, si vivante, personnelle et sincère m’absorbe toujours autant à chaque fois. J’ai l’impression de t’entendre, alors que je ne connais pas le son de ta voix…
    Je ne te raconterai pas mon été ici parce que tu sais déjà tout… Mais disons que je suis contente que septembre soit là et des nouvelles perspectives qui s’offrent à moi 🙂 ! Je t’embrasse.

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  8. Oh comme cela me fait plaisir de faire un tour par ici de lire tes mots à nouveau. Ne te sens pas illégitime, ton blog est à toi . Tu écris ce que tu veux, nous ne sommes pas là pour juger mais pour lire des bouts de toi, apprendre, sourire, nous émerveiller. Sois toi même. 🙂

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  9. Je ne dépose jamais d’avis, mais là il faut bien 🙂 Tu es plus que légitime à écrire, peu importe le sujet, te lire est toujours un plaisir, une jolie parenthèse dans la journée, que l’on savoure. Continue, tes écrits m’inspirent !

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  10. Oh! Comme ça fait plaisir de te lire après ces deux mois! Cet été, moi je suis allée 13 jours en Ouzbékistan, puis j’ai rempli le reste de mon été avec des toutes petites choses : des restos en terrasse, des pique-niques, des soirées avec des gens bienveillants, d’ailleurs j’ai beaucoup réfléchi à cette idée de bienveillance, et puis j’ai dansé, parce que ça m’est indispensable.
    Ne te pose plus la question de ta légitimité, tu écris tellement bien !
    S.

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  11. C’est si chouette de te retrouver! Cet été, j’ai travaillé. Beaucoup. J’ai senti mon coeur se briser en laissant mes 2 fils partir avec leurs grands parents, j’ai pensé à tout ce temps léger et joyeux que je ne passerais pas avec eux. Alors pour oublier, j’ai couru ( un marathon, un run&bike -23 de trail et 65 de vtt- et 2 trails aussi). J’ai fêté mes 40 ans, bu du champomy et reçu beaucoup de bisous chocolatés. Et puis, voila, la rentrée. Et à nouveau, le boulot. Beaucoup. Vraiment beaucoup. Les réveils à 4 h du matin en pensant à tout ce qu’il y a à faire et le lever à 5 pour avoir le temps de faire du yoga avant le train de 6H30…

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  12. Ca tourne, ca virevolte, ca me chamboule plein de choses à l’intérieur et c’est magnifique. Pour moi, peu le font aussi bien que toi, alors mieux, je ne vois pas. Tu as toute la légitimité d’écrire puisque nous sommes là à te lire, et à en redemander. Chacun de tes écris me donne envie de prendre mon stylo et écrire à n’en plus finir.
    Mon été a amené des moments difficiles pour ma famille, alors nous pansons nos plaies avec beaucoup d’amour, et c’est bien, quand meme. Pas vraiment de repos, mais ca viendra plus tard, l’hiver est fait pour dormir, non?
    Et la recette des scones me ferait plaisir!

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  13. Coucou,
    J’ai envie de te serrer dans tes bras et te dire, « t’inquiète, tout va bien, tout ira bien ».
    Il n’y a pas de mode d’emploi pour la vie, chacun fait avec ce qu’il a, en fonction de ses possibilités, et surtout de ses envies. Qui a dit qu’à 30 ans on doit avoir un mari, un labrador, une maison ?
    J’ai 36 ans, un chat, un mari, j’habite en Amérique du Sud depuis 4 ans, après 10 ans à Paris, à travailler dans un bureau. Ici je fais un nouveau job. Qui me plaît beaucoup. Pas d’enfants, pas envie. J’aime ma vie, on aime notre vie. Peut être demain on ira ailleurs, je ne sais pas, et so what ?
    Prends soin de toi, avant tout, aime-toi ! Aime ta vie.
    Bisous

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