et puis, les paillettes ?

Evidemment, nous voilà au crépuscule de l’année, alors je ressors de ma torpeur (ce qui est faux, je suis tout sauf en hibernation en ce moment) pour venir écrire des choses ici, puisque faire des bilans arrive en top 1 des choses que je préfère faire à la fin de l’année, à égalité avec faire des dessins pour fabriquer ses propres papiers cadeaux, manger de la courge rôtie (ce qui n’est pas spécifique à la fin de l’année, mais j’aime tellement ça que cela mérite de figurer dans tous les tops du monde), tirer la langue quand il neige et sentir crisser cette dernière sous les bottes lorsque les flocons sont tombés toute la nuit.

Bref, je kiffe faire des bilans autant que je kiffe mon teint rosi par le froid.

2017 a été probablement l’année la plus intense de ma vie. Pas la plus géniale. Pas la pire non plus. Mais la plus intense, un enchaînement de montagnes russes que j’ai eu bien du mal à gérer.

Sans vraiment l’avoir exactement prémédité – j’ai démissionné de mon ancien travail parce que j’étais en plein burn-out et que je n’étais plus capable d’aller travailler sans pleurer le matin – et même si j’avais depuis longtemps envie de faire ce grand saut dans le vide, pour voir de quoi j’étais capable, j’aurais pu mieux m’y préparer. Financièrement et mentalement. Cela fait donc 9 mois que je suis à mon compte et que les hauts et les bas s’enchaînent, sans que je n’arrive vraiment à décider si oui ou non, cette vie me convient.
J’ai pu travailler sur des beaux projets, je travaille encore sur des beaux projets et j’ai une chance inouïe de pouvoir travailler avec des personnes qui partagent mes valeurs. C’est pour moi quelque chose de tellement précieux que pour l’instant, je m’accroche à cela lorsque les journées sont un peu plus difficiles (c’est à dire quand je dois manger des patates à la place de tartines à l’avocat) et je me rappelle les raisons qui ont fait que j’ai quitté la vie de salariée.
Pour autant, malgré tous ces beaux projets et cette intense satisfaction lorsque je reçois des petits mots de personnes qui aiment mon travail, l’énergie déployée pour ne pas flipper sa race toute la journée à propos de l’avenir et du prochain loyer est telle que je ne sais pas si je peux tenir longtemps à ce rythme. Je ne m’étendrai pas plus que cela, parce que si je commence à faire une encyclopédie à chaque item de mon bilan, vous allez partir en courant, mais j’en parlerai probablement prochainement, dans un autre billet, puisque vous allez voir, 2018 va être une année riche en billets de blog. Enfin, je crois.

Je voudrais glisser à tous ceux qui m’ont dit que c’était vraiment cool d’avoir trente ans qu’ils se sont totalement plantés et que personnellement, après 4 mois passés dans la trentaine : JE. NE. KIFFE. PAS. DU.TOUT. ÇA.
Je ne me suis jamais sentie plus en décalage que depuis ce 7 septembre dernier et même si je n’arrête pas de me répéter que cela ne veut rien dire, que ce n’est qu’un double chiffre qui ne signifie rien, que chacun sa route, chacun son chemin, chacun son rythme et chacun son destin (déso-pas-déso pour la référence culturelle, j’ai trente ans), et bien j’ai l’impression d’être tout le temps la petite gamine à la traîne dans tout – et à plus forte raison maintenant que mon statut de free-lance a considérablement réduit mon niveau de vie.

Je me suis rendu compte qu’en trente ans, il n’y avait eu guère de moments où j’étais totalement en paix avec moi même, avec mes décisions, avec mon corps et je me suis mise à pleurer plus d’une fois en faisant ce constat. J’ai donc encore pas mal de chemin à faire avant d’accepter de ne pas être tout à fait comme la moi de 10 ans aurait pensé être quand elle sera grande et en toute honnêteté, je ne sais même pas si j’y arriverai. J’ai donc encore un bout de chemin à faire avant d’accepter que je ne ferai jamais mon deuil de la vie que j’aurais eu si, et puis si, et puis si.

Un de ceux pour qui il y a des papillons dans le ventre quand on y pense mais un de ceux avec qui c’était compliqué, aussi. C’était la première fois depuis longtemps que j’osais à peu près arrêter de m’enfuir avant de tomber amoureuse (je veux dire, pour de vrai, dans le cœur, pas juste des phrases lancées à la légère pour camoufler ma peur) et que je ne me posais pas trop de questions et cela m’a fait du bien.
Même si j’ai beaucoup pleuré quand cela s’est terminé, même si c’était un peu compliqué à gérer tout le temps, même si ce garçon était tellement l’exact opposé de moi que c’était probablement joué d’avance que cela ne nous mènerait nulle part, malgré tout cela, c’était quelque chose de chouette et même si c’était une erreur, c’était une erreur qui valait le coup d’être faite.
Je n’en parle absolument jamais parce que c’est difficile de parler de tout cela de manière ouverte – sur un blog ou en vrai -, mais mes années d’anorexie, en plus de laisser *quelques* séquelles dans mon rapport à la nourriture, ont eu un impact assez énorme sur ma vie sentimentale et sexuelle ; et me rendre compte qu’après tout, je suis capable de ne plus avoir peur de construire une relation – et tout ce qui va avec, mais vous avez bien compris que je suis un peu gauche pour en parler -, c’était important.

Alors, je me rappellerai la chaleur de ses bras – même s’il se plaignait tout le temps que chez moi, il fait froid ; je me rappellerai nos petits matins paresseux, ponctués par mes j’ai faim, je veux du café, et par ses je veux encore dormir, je suis fatigué ; et puis je me rappellerai le reste – que je tairai ici, quand même.

Sur l’anorexie et sur, justement, ces années de reconstruction d’après. Surtout en fait, sur ces années de reconstruction. Cela fait 12 ans à peu près que j’ai été hospitalisée et depuis quelques temps, je ressens un besoin de raconter comment les années d’après sont difficiles à appréhender, parce que l’anorexie, cela ne veut pas juste dire maigrir beaucoup et très vite, et la guérison ne passe pas que par un poids à atteindre et c’est quelque chose que j’ai mis du temps à comprendre. Je ne sais pas si je serai capable d’en faire une version « finie », en toute sincérité, mais le simple fait de me poser pour tâcher de me rappeler ces années me fait du bien et me fait aussi, un tout petit peu, comprendre certaines choses.

J’avais pourtant bien commencé l’année, en mettant de côté Netflix la semaine, au profit des livres et puis après l’été, la tendance s’est inversée. J’ai tout de même découvert Jane Eyre, qui m’a bouleversée, Les Hauts de Hurlevent, dont je n’arrive toujours pas à savoir ce que j’en ai pensé, No et moi, qui m’a fait pleurer (sangloter, en fait) pendant toute une nuit après l’avoir refermé et dont j’ai recopié presque l’intégralité des chapitres dans mon petit carnet, pour ne rien oublier. Je me suis beaucoup évadée, cet été, entre les pages d’un livre – ou entre les chapitres de Harry Potter lus & interprétés par Stephen Fry – adossée contre mon petit arbre, dans mon spot préféré du parc Lafontaine, juste là où on voit l’étang, mais où on voit tout de même passer les gens aussi.

Je me suis toujours un peu plaint que oh la la, j’adore Montréal mais bon, les concerts, c’est pas terrible et il y a peu de choses. Mais après avoir été voir Beirut, puis The Head and the Heart, puis The Lumineers, puis Cigarette After Sex, puis Polo & Pan, puis The Pirouettes, puis Ofenbach : je ne peux plus dire ça. Quand j’étais à Paris, j’adorais aller voir des concerts avec ma cousine, c’était notre petit rituel, scruter les petites salles de concert, acheter plein de places pour les six mois suivants et s’y retrouver et cela me manquait énormément. Je suis donc terriblement contente d’avoir repris cette habitude, d’avoir trouvé mes petites acolytes de musique préférées et d’avoir un peu changé d’avis sur la scène musicale montréalaise (même si, hé, quand même, Paris).

J’ai fait mon premier triathlon et on a décidé de s’acheter des vélos dans la foulée, pour pouvoir s’entraîner et s’y mettre bien comme il faut. J’ai validé la première partie de ma formation pour être entraîneuse de sport et j’ai adoré retourner à l’école pour cela, j’ai adoré passer des nuits à apprendre les noms des muscles, le fonctionnement du corps et les tenants et aboutissants des programmes d’entrainement. J’ai dessiné les contours d’un nouveau chapitre professionnel, sans trop savoir comment ce dessin se terminera. J’ai beaucoup couru, même si j’ai décidé de ne pas courir le marathon de Berlin comme je l’avais initialement prévu et cette décision, bien que compliquée à prendre, m’a fait du bien.

Paris m’a manquée, plus que jamais, je crois bien et j’ai continué à me poser mille questions sur l’immigration. Ma résidence permanente en poche, je n’ai plus rien à craindre, et c’est, paradoxalement, le moment où je suis le moins sûre de rester – le tout en me trouvant bien chanceuse d’avoir ce genre de problème, à l’heure où l’immigration est un sujet délicat.

J’ai été infiniment bien entourée. J’ai revu des personnes perdues de vue depuis longtemps, depuis un temps qui se compte en dizaines (enfin, en dizaine au singulier, je n’ai que trente ans) et cela m’a rappelé que, malgré toute la nostalgie que je m’emploie à mettre dans mes amitiés perdues, les amitiés sont capables de refaire surface, comme avant, entre fou rires et confidences, en oubliant les dix, douze années qui se sont écoulées. Plus que jamais, je crois, j’ai mesuré la chance que j’ai d’avoir des amis et une famille sur qui compter, tout le temps, sans rien avoir à prouver.

Alors, voilà. 2017 a été intense, pleine de hauts, pleine de bas, pleine de paillettes et pleine de tracas. Et puis, pour la suite, on verra. En attendant, je vous souhaite une belle, belle fin d’année et puis j’espère que deux mille dix sept a été à la hauteur de vos paillettes à vous.

27 Comments

  1. Merci pour tes jolis mots Camille, pas simplement dans cet article, mais dans tous les autres aussi. J’ai pleuré en lisant celui sur tes deux amours, j’ai angoissé à l’idée d’avoir trente ans, j’ai été émerveillée par ton récit de triathlon…
    Je te souhaite une très belle année 2018, continue de nous gâter de ta si belle écriture.

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  2. Merci pour ce beau bilan.
    Le passage sur le « il y a eu un garçon » m’a fait monter les larmes aux yeux (et les a fait couler aussi) parce que pour moi ça a été un peu la même chose. Même si j’ai l’impression en regardant parfois en arrière que cette année à surtout était des mois à s’en remettre. Mais il ne faut pas oublier ce que ça a apporté et le garder bien au chaud.
    Une bien belle année 2018 à toi!

    (et les doutes de free-lance, je connais, tu peux en parler pendant des heures, ça ne me lassera jamais. On est bombardé de « être free-lance c’est gé-ni-al » que ça fait du bien de voir que non ce n’est pas rose pour tout le monde tout le temps, que c’est quand même la galère d’être patron)

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    1. Je t’avouerai que les trois derniers mois de l’année ont principalement servi à éponger mon chagrin et à noyer mes larmes dans des tartines d’avocat (j’ai le chagrin hipster, visiblement).
      Et effectivement, le free-lance, c’est génial parfois, mais c’est galère, souvent !
      Merci en tous cas pour ton petit mot, j’espère que tu pourras garder au chaud, toi aussi, les bons moments que tu as eus.

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  3. Tu as toujours les mots qu’il faut ! Et c’est toujours un tel plaisir de te lire .. en effet, ton année a été intense .. Je te souhaite une belle année 2018 tout aussi intense .. mais intense plus de beaux que de moche 😉

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  4. Olala cette liste de concerts fait rêver (aller à plus de concert est au programme de 2018)

    Je te souhaite une très belle année 2018 pleine de paillettes (et tant pis si ça ne rime pas ! )

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    1. En général, je fonctionne vraiment par périodes pour les concerts : rien du tout pendant 6 mois puis pof, je sors de ma léthargie Spotify et je sors voir de la musique live. Et Spotify est cool pour ça parce qu’il me tient au courant des concerts des artistes que j’écoute, c’est chouette.
      Là il y a Igloofest (festival de musique electro en plein air et en plein hiver) qui commence bientôt et après 3 ans sans y aller, j’ai bien l’intention de remédier à ça !

      Je te souhaite tout le meilleur aussi, et merci, encore et toujours d’être au rendez-vous ici !

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  5. C’est émouvant de te lire.

    C’est chouette tout ce que tu fais. Je suis sûr que la vie réserve le meilleur pour les gens qui, comme toi, vivent et font les choses avec leur coeur.

    Une jolie fin d’année à toi, et tout le meilleur pour tes projets en 2018 !

    (Fais signe la prochaine fois que tu passes à Paris si tu as le temps.)

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  6. Des paillettes mais pas que, des doutes et plein de jolies choses, c’est si joliment écrit Camille, tu sais nous toucher en plein cœur ! Je te souhaite une très belle année 2018, et que tes projets te mènent là où tu le souhaites (et te réservent quelques belles surprises aussi !!). Des bisous !

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    1. Merci Céline !
      J’aimerai bien que l’un de mes projets me mène à aller boire un verre avec toi, parce que ça trop longtemps et que c’est moisi.
      Gros bisous !

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  7. Toujours des jolis mots qui font sourire et j’espère que 2018 sera un peu plus calme pour toi. Les montagnes russes c’est pas facile 😉 Bonne fin d’année ma belle

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  8. Moi je pense que, peut-être, cette année à paillettes était faite pour dessiner une esquisse de ce que sera 2018. Pour brasser un peu le jeu, les cartes, les choses. C’est une année 1. Le début d’un nouveau cycle, il faut bien un brouillon avant que tout soit bon!

    Des bisous!

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    1. J’aime bien cette idée de version brouillon. Alors, levons nos verres de tisane au gingembre à 2018, et aux paillettes futures, même si ça ne rime plus.

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  9. Génial ce post! J’en apprends d’avantage sur toi! Pas facile d’écrire ce genre de post et d’y confier! Je passe le cap des 30 ans dans 1 mois et demi et tu ne me rassures pas du tout haha! Difficile en effet de satisfaire nos rêves d’enfants! Peut-être que ce nouveau (peut-être) métier t’ouvrira plus de portes?

    Une bonne année 2018 à toi et des paillettes forcément!

    PS : je cherche une rime en « uit » fun mais je trouve pas xD

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    1. Oh, vu le nombre de personnes qui ont tenté de me rassurer avant le passage des 30 ans, je pense qu’Il y a tout de même des chances pour que tu les kiffes !
      C’est difficile de satisfaire nos rêves d’enfants, mais finalement, qu’est-ce qu’on en sait, quand on est enfant ? Voilà, c’est sur cette reflexion que je ferme 2017 !

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  10. Et bien moi, en 2017, j’ai été ravie de te rencontrer irl et de boire un café avec toi dans ce petit café bien sympa de Montréal. Et puis en 2017, j’ai une petite affiche de toi dans mon salon <3

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  11. J’ai 30 ans dans 10 jours, je viens de mettre fin à une relation de 10 ans avec quelqu’un de génial (pour des bonnes raisons mais quand même), j’ai un travail que j’adore mais qui m’assure un niveau de vie plutôt pas top par rapport à mon entourage. Autant te dire que de mon côté aussi, le décalage avec ce que j’imaginais il y a 10 ans est un peu violent… Mais du coup ça me fait du bien de te lire. Plus que d’écouter les gens qui me disent que c’est génial d’avoir 30 ans. Alors je te remercie, et je t’envoie plein de courage !

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  12. Bonjour Camille,
    tu as vraiment une très jolie plume, j’aime beaucoup ta façon d’écrire. Tes articles sonnent tellement juste, c’est un plaisir de les lire!
    Je te souhaite une belle année 2018 et espère qu’elle t’apportera de la sérénité.

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  13. Je n’ai pas encore lu beaucoup de bilans de fin d’année/nouvelle année, d’une part parce que je suis très en retard dans mes lectures de blogs (et mon côté OCD me fait tout lire dans l’ordre) et d’autre part parce que je recule comme toujours devant les choses de la vraie vie, et me confronter à mon propre bilan à travers ceux des autres, eh bien ça m’angoisse. (Pourtant je n’ai pas vécu une année très difficile, pas toujours drôle, mais rien de tragique.) Mais ton bilan est déjà, je crois, mon préféré. Parce que tu es sincère, tu ne caches pas le gris de la vie.. et puis parce que je m’y retrouve beaucoup. Je n’ai pas encore trente ans, mais je pleure un peu en ayant les mêmes ressentis que toi, ce sentiment de décalage qui colle à la peau…

    Je te souhaite une belle année 2018 quoi qu’il en soit <3

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