Comme d’habitude.

Il y a quelques jours, mes parents ont passé quelques jours à Montréal, petite escale pendant leur voyage. On en a profité pour avoir des débats importants, est-ce qu’on est expatriés pour une vie, ou pas, et puis des débats un peu moins importants, est-ce qu’on devrait interdire de boire de l’eau en cours, moi je dis que non, parce que je bois beaucoup d’eau, ma maman dit que oui, parce qu’elle boit peu d’eau et qu’elle est prof, alors nos débats étaient pas très avancés avec des arguments aussi forts.

Je les ai emmenés bruncher au Butterblume, parce que c’est un endroit beau, et bon, et chouette et je voulais leur montrer que même si je pleurniche parfois parce que je suis loin, je voulais leur montrer que Montréal est si chouette à vivre que ce serait dur, ce sera dur, je sais pas encore si c’est un futur ou un conditionnel, ce sera, ce serait dur de la quitter.

Comme d’habitude, ma maman n’a pas fini son assiette mais a terminé celle du dessert de mon papa, un cheesecake dont j’ai mangé toutes les pistaches de la déco, comme d’habitude elle m’a fait acheter beaucoup trop de chocolat (ma maman exige d’avoir toujours le choix entre au moins six tablettes différentes, dont le Lindt à la fleur de sel, alors c’est une logistique importante) et comme d’habitude, on a gazouillé pendant des heures en regardant les vidéos de ma nièce qui est vraiment trop adorable, tu la verrais Camille, c’est un régal, elle sourit tout le temps sauf quand elle pique des crises, mais c’est rare.

Comme d’habitude, mon papa avait une liste de petites choses à arranger dans mon appartement, regarde, je t’ai même acheté un vrai niveau à bulles je lui ai dit, et il y a même un détecteur de métal pour voir où sont les montants dans les murs, alors on est partis le dimanche matin très tôt, juste après avoir été courir et avoir rapporté les croissants et une bougie, parce que c’était son anniversaire et que j’aime bien faire souffler des bougies sur des croissants, surtout en surprise, alors après ça, on est partis chercher du bois et des vis et des équerres et on a fait des plans et des coupes en réfléchissant entre les allées, on a pesté contre les tournevis à bout carré, on a pas ça en France il m’a dit, mais on en a en forme d’étoile, alors on acheté un tournevis à bout carré, que je n’utiliserai probablement jamais après ça, mais bon, j’aurais un tournevis à bout carré, que je donnerai quand je partirai, ou si je pars, je ne sais pas.

Comme habitude, j’ai été épatée de la minutie que peut avoir mon papa et surtout de la planification qu’il peut faire avant d’installer une simple étagère, parce que moi quand je fais ça, il y a toujours sept ou huit trous dans le mur en trop, parce que j’avais oublié de mesurer, ou juste pas trop envie de déterminer le centre et les alignements, avant.

Comme d’habitude, on a grignoté les soirs, parce qu’on grignote, le soir, dit ma maman, avec du houmous, trop d’olives, mais sans ail parce que ma maman n’aime vraiment pas ça, ma maman a voulu acheter des yaourts à mon papa, des yaourts au citron parce qu’il préfère et comme d’habitude, cette simple phrase m’a fait monter les larmes aux yeux parce qu’après 30 ans de mariage, je trouve ça toujours aussi émouvant de voir que ma maman fait attention à acheter les yaourts préférés de mon papa.

Comme d’habitude, mon papa a bu beaucoup de café, ma maman beaucoup de thé, on a parlé de France Inter, de Guillaume Meurice (<3), du collège, du lycée, de Biarritz, de Paris, de Londres, de la vie, d’argent un peu aussi, de la maison, la nouvelle maison qui n’a pas beaucoup de salles de bain, mais qui a un jardin où on pourra faire pousser des tomates. Comme d’habitude, j’ai fait des monologues issus de Taxi sans que ni mon papa ni ma maman ne comprenne, alors que ça fait quinze ans que ma soeur et moi faisons ça, comme d’habitude ma maman a écorché des mots et on a beaucoup ri, mais d’un rire plein d’amour, c’est promis et comme d’habitude mon papa a posé cinquante mille questions pour savoir comment fonctionne telle ou telle chose.

On a passé quarante-huit heures ensemble, seulement et quarante-huit heures ensemble, c’est peu pour voir ses parents, même quand on a bientôt trente ans, alors comme d’habitude, en se quittant, on s’est serrés fort dans les bras, en se disant à bientôt, comme d’habitude, sans trop savoir quand est-ce que ce bientôt sera.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

23 Comments

  1. Dès que ça parle de maman, de yaourts au citron, de papa et de croissants, moi j’ai l’impression que tout est dit, alors merci beaucoup beaucoup. Je ne mesure pas assez la chance que j’ai de pouvoir voler plein d’heures pour aller chez eux, en ce moment j’y vais souvent, même s’il faut conduire une bonne heure en tout et que c’est pas super conseillé dans mon état je le fais quand même. Sur la route, à chaque fois je vois le panneau La Tessoualle, je souris, je pense à toi, je me dis que je prendrai la bretelle mais un autre jour parce que c’est jamais le bon moment aussi. Merci de tes mots, c’est doux et ça ramène à l’essentiel.

    Répondre

    1. Tes commentaires me font toujours des petites explosions de joie.
      Oh oui, tu as de la chance de pouvoir aller les voir souvent (mais « prends soin de toi », hein ?), et je sais que si je rentre / quand je rentrerai, je ferai attention à ne pas oublier que j’ai de la chance d’avoir une famille aussi soudée et aimante.
      Et pour La Tessoualle, coeurs par milliers (elle devrait mettre la nouvelle co’ en boutique la semaine prochaine.)

      Répondre

    2. Bonjour Céline et Camille!
      Euh dites moi…! Est-ce qu’on parle de «ma Tessoualle»???
      Mon doux et cher village où j’ai passé mes 23 premières années?!

      Répondre

      1. Hé hé, tu penses bien que je m’étais empressée de dire un peu partout que Les 3 Boutiques avait rentré ma collection ! 🙂

        Répondre

  2. C’est peut être anecdotique, mais je trouve génial, absolument fantastique, que tes parents aient fait une escale de 48h à Montréal pour te voir.
    Tout le reste est absolument délicieux aussi, il y a plein d’amour dans tes mots et ça réchauffe le coeur.
    J’espère que tu vas bien jolie Camille.
    Je t’embrasse

    Répondre

    1. Je trouve ça fantastique aussi, surtout en sachant que ma maman a une peur panique de l’avion et que ça impliquait 2 vols en plus dans leur programme. Merci pour ton petit mot, et puis des bises à toi et puis j’espère, aussi, que tu vas bien.

      Répondre

  3. C’est incroyable, parce que au moment précis ou je lisais ton article j’écoutais les podcasts des chroniques de Guillaume Meurice que j’avais loupé depuis le début de la semaine 🙂 Et je lisais aussi cette interview rigolote (http://www.journalventilo.fr/linterview-guillaume-meurice/).
    Et alors ça m’a achevé parce que j’étais déj) en train de me dire que j’étais pareille que toi, que ce texte j’aurai pu l’écrire mot pour mot, et puis cette coincidence a la fin du texte m’a fait sourire. C’est un signe 🙂
    Peut-être qu’un jour je passerai par Montréal, et alors je viendrai toquer doucement pour prendre un thé et se raconter nos vies si inconnues et en même temps si proches:)

    Répondre

    1. Non mais à chaque fois que j’écoute Guillaume Meurice, que je vois Guillaume Meurice, qu’on me parle de Guillaume Meurice, j’ai l’impression d’être une groupie ado hystérique tellement je l’aime. Et oh, oui, s’il te plait, si tu viens un jour à Montréal, viens toquer à ma porte !

      Répondre

  4. avant tout, Guillaume Meurice <3 un humoriste vegan et feministe ça fait du bien et puis tout france inter en fait c'est chouette !
    sinon article tout plein de bonheur, des moments doux que tu nous fais partager et qui donne le sourire mais rend aussi nostalgique.
    et là tout de suite j'ai envie de skyper mes parents pour leur dire que je pense à eux et que j'ai hâte de les voir à Noel pour regarder des films nuls à la tv, faire une sortie jusqu'à la mer, avoir des discussions sérieuses ou non autour d'un bon repas

    Répondre

    1. Même réponse que j’ai faite à Sarah : dès qu’on prononce le nom, l’idée même de Guillaume Meurice, je suis toute émoustillée, c’est un gros n’importe quoi.
      Et puis merci pour ton petit mot, et puis oui, oui, oui, dit tout ça à tes parents ! C’est important !

      Répondre

  5. <3
    Parce que je crois qu'on a plus trop besoin de se dire plus.
    Sauf peut-être :
    Tu mates le volant ? C'est le mien, perso. Je l'ai acheté à Alain Prost.
    Et à l'intérieur, y'a un tout nouveau grip, spécial Dakar. Hé, même avec une tonne de sable dans la voiture, tu conduits à l'aise ?
    Ah ouai ?
    Ouais
    Hé bah c'est con qu'on soit pas à la plage alors !

    Répondre

  6. J’ai chouiné, je sais pas si c’est la migraine ou le fait que quand je pense à mon papa et aux papas en général, et aussi aux mamans, les larmes me montent aux yeux et j’ai un trop-plein d’amour. (peut-on vraiment avoir un trop-plein d’amour ?)

    Répondre

  7. Alors déjà Guillaume Maurice <3, je glousse en pleine rue/plein openspace quand je l'ai dans les oreilles.

    J'ai évidemment encore chouiné. Parce que t'écris si bien, et tu racontes si bien, qu'on pourrait croire être avec vous, pendant ces 48 heures. Je trouve incroyablement chouette que tes parents soient venus jusqu'à toi pour ce court laps de temps. Et j'imagine la séparation que ça a dû être. Mais tu vas les voir bientôt non ?

    A une distance plus courte, je chouine toujours quand je dois rentrer de chez mes parents sur Paris par le train de 6h du matin. Après avoir fait un au revoir rapide à Papa sur le quai. Je sais toujours approximativement que je reviendrai dans quelques semaines ou quelques mois, mais j'ai toujours incroyablement peur de plus jamais en revoir un.

    Répondre

  8. Ton article me rappelle tellement lorsque mes parents venaient me voir à Hong Kong… Une véritable et très belle découverte <3

    Laura
    laufromparis.com

    Répondre

  9. MERCI. Grâce à toi , je me rend compte de la chance que j’ai de pouvoir les voir toutes les semaines. Merci de souligner les petites choses car au final, c’est ça qui compte <3

    Répondre

  10. Merci de rappeler tous ces petits moments, dans lesquels je me retrouve beaucoup, et qu’on a tendance à oublier face aux mini et grosses disputes de la vie.
    Sinon, je suis prof aussi mais j’autorise mes élèves à boire en classe, surtout au début de l’année où il faisait super chaud. De l’eau par contre, j’ai dû mettre le holà à celui qui sirotait son Capri-Sun 😀

    Répondre

  11. Tes billets sont toujours aussi doux, toujours aussi justes et parlent toujours aussi bien de ce qui est important mais volatile et parfois pas toujours tangible. Merci de nous parler de la distance, de cette difficulté que ressentent plus fort et plus durement certains (ce groupe dont je fais depuis toujours partie) et de la douceur de toujours glisser dans son sac de course des yaourts au citron lorsqu’ils sont aimés.
    Merci Camille et douce journée <3

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *