Chroniques d’une première semaine

Lundi matin, je me suis réveillée à la même heure, 6h04, avec les notes du Boléro de Ravel. Maintenant, je laisse mon téléphone sur la table basse du salon (ce sont mes nouvelles habitudes de vie pour essayer de dormir un petit peu mieux), alors comme d’habitude, je me suis levée en catastrophe pour éteindre le réveil (ma méthode toute particulière consiste à poser mon téléphone tout près du bord de la table, comme ça je sais que si je le laisse sonner trop longtemps, le vibreur va le faire tomber par terre) (j’ai pas trouvé mieux pour éviter le snooze intempestif) et je me suis souvenu, hé, dis, aujourd’hui, c’est le début de tout le reste.

J’ai souri, rabattu la couette sur moi pour mes trente petites minutes de vague réveil, scrollant Instagram et Twitter (j’ai 6 heures de décalage horaire à rattraper, le matin) (notez que je laisse mon téléphone dans le salon pour éviter les réseaux sociaux le soir, mais alors dès 6h du matin, ça ne me pose aucun souci) (la cohérence jusqu’au bout) et me suis rendu compte, brutalement, que tout ça, la liberté, ça ne voulait finalement dire qu’une chose : j’avais l’immensité d’une journée à combler de projets auxquels je crois, et j’allais pouvoir me répéter cela tous les matins.

J’ai tout de même fait comme d’habitude, un café, puis deux, puis trois, une douche, et je me suis installée à mon bureau, c’est-à-dire, en tous cas jusqu’à ce que je m’en occupe un peu mieux, à mon tipi. Toutes les cinq minutes peut-être, je baissais les yeux sur mon legging arc-en-ciel (qui est ridiculement confortable, mais ridicule à porter ailleurs que dans son salon, je pense) et je souriais, en me murmurant tout bas que c’était maintenant ça, ma vie, le choix du legging le matin, le choix du bureau du jour, le choix des projets sur lesquels me lancer – en tous cas pour le moment, parce que j’ai ce luxe – et quelques maigres économies récoltées en arrêtant d’aller boire des lattés tous les matins – de pouvoir choisir.

les-parentheses-legging-arc-en-ciel

J’ai ouvert mon cahier, celui sur lequel j’ai calligraphié « tu ferais quoi, dis, si t’avais peur de rien ? », et j’ai gribouillé avec application le planning de ma semaine, sans oublier de me laisser une marge de manœuvre, parce que justement, c’est de cela dont j’ai besoin. Tracer les grandes lignes de mes journées, en sachant que si j’en ai besoin, je peux m’enfuir courir dehors, lire un chapitre de mon livre, me faire un verre d’eau avec du citron et le boire en regardant par la fenêtre. De toutes petites choses, qui comptent beaucoup pour mon équilibre.

Lundi, j’arrivais plus à me concentrer à 15 heures, alors j’ai pris un livre et j’ai lu quelques chapitres – Emma, de Jane Austen, dans lequel j’ai beaucoup de mal à rentrer, alors que normalement je suis une adepte de ce genre de littérature. Mardi, j’ai retrouvé C. à la salle de sport, à midi. Mercredi, j’ai fermé l’ordinateur, j’ai mis mon bonnet et je suis sortie prendre l’air, sans l’avoir prémédité, annoncé, demandé. Il neigeait, j’ai marché 40 minutes le nez en l’air en savourant simplement le fait de pouvoir faire cela, même si j’aurais préféré qu’il ne neige pas. Mercredi, aussi, j’ai eu envie de manger en prenant mon temps, et en m’accordant le petit quart d’heure de chocolat-blog, avant de reprendre ma tablette et mes projets. Jeudi, j’ai mis un autre legging, et je me suis félicitée d’avoir cette obsession pour l’achat de leggings confortables à ne porter que chez moi, même si tout le monde se moque de moi parce que vraiment, un legging avec des flocons de neige dessus, clairement, ce n’est pas quelque chose d’indispensable, j’ai lancé une vidéo d’Adriene et j’ai fait du yoga chez moi, à 11 heures, pour changer de la pause café.

Vendredi, en revanche, je me suis rendu compte à 19 heures que je n’avais adressé la parole à personne de la journée, alors je suis allée acheter n’importe quoi à l’épicerie, juste pour pouvoir dire bonjour à quelqu’un. C’était un peu ridicule, je crois.

les-parentheses-dimanche-matin-2

Alors voilà, j’apprends tout doucement.

Je fais exprès de ne pas vous raconter, encore, les angoisses du soir venu, parce qu’il y a encore une impression de vide, le matin, lorsqu’on se rend compte qu’on ne sait pas exactement comment va se dérouler la journée. Je fais exprès aussi de ne pas vous raconter les yeux fermés quand j’ouvre la page de mon compte en banque, parce que passer de 3 ans de-salaire-qui-tombe-toutes-les-deux-semaines à oh-la-la-je-ne-sais-pas-quand-va-arriver-le-prochain-chèque, bien sur, cela me fait peur. Je fais exprès aussi de ne pas vous raconter les soirées de travail jusqu’à minuit, parce que, forcément, les heures passées à la salle de sport en pleine journée, il faut bien les rattraper.

Je sais très bien que la vie de free-lance va apporter son lot de stress, de questionnements, d’interrogations, de doutes, de peurs et de pleurs. Je pense avoir battu le record d’ongles rongés en une semaine, mais il y avait longtemps également que je n’avais pas vu passer la semaine comme cela. Rapide, intense, souriante, bouillonnante. Les joues rosies par l’inspiration, les mains pleines d’encre et de crayon à papier parce que je me suis dit que j’allais me remettre à dessiner, le bureau mal rangé de feuilles de brouillon griffonnées à la va-vite pour ne pas laisser filer les idées, les tasses de thé qui s’empilent, la cafetière qui fonctionne sans s’arrêter et France Inter en continu.

C’était ma première de semaine de free-lance. Et c’était une vraie belle semaine.

15 Comments

  1. Super article 🙂 je travaille chez moi aussi depuis un peu plus de six mois et c’est vraiment le pied!! Je suis aussi adepte que toi de pouvoir sortir prendre l’air juste comme ça, parce que j’en ai envie ou alors me lever un peu plus tard parce que personne ne m’attend. Et je porte actuellement un legging avec une peinture de Van Gogh, ma seconde peau! Et tout ça vaut largement les angoisses endurées 😀 belle semaine à toi!

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  2. Héhé ^^
    J’ai souri en lisant ton article. Déjà, pour les touches d’humour (j’aime beaucoup ta plume) et surtout, parce que je m’y suis un peu reconnue. Je sors également de 3 ans de CDI et me lance en freelance. Je me lève tous les matins avec l’envie de changer le monde et j’arbore un sourire béat tous les jours aussi, mais j’appréhende tellement (tout en étant hyper excitée) que je traîne sur la phase de préparation. Depuis 2 mois donc, je lis des articles sur le freelancing, je suis des formations en ligne, je m’arrache les cheveux à faire un business plan, sans savoir si c’est vraiment indispensable et je me triture le cerveau pour peaufiner ma stratégie marketing. Et au final, toujours pas d’action ! Allez, je me laisse une deadline d’un mois encore et GO 😉
    Bonne continuation et au plaisir de relire un de tes articles sur cette thématique !
    Bises.

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  3. J’ai aussi du faire face à cette angoisse du matin.
    Celle qui te rappelle que tu n’as personne qui va te donner des instructions pour driver ta journée.
    Qui te mets face à tes responsabilités dès le réveil.

    Mais j’ai aussi su apprécier prendre un bain à 15h en plein hiver, comme tu dis, sans demander la permission, sans devoir me justifier.

    La liberté.

    Belle journée 🙂

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  4. Très bel article. Ca fait 8 ans que je suis freelance… je n’ai pas connu autre chose. Je pense que c’est un peu comme tout, il y a des avantages et des inconvénients qui s’apprennent au fur et à mesure et qui changent d’une personne à l’autre. Bonne deuxième semaine alors… et troisième… et quatrième…

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  5. Enfait je pense qu’on a la même vie, sauf que moi elle s’arrête à 9h30 quand mon « vrai » travail commence. Alors j’arrête France Inter, j’arrête d’écrire, de shooter, des cookies (oui je me lève à 7h du mat’ pour shooter des cookies et alors?), je laisse tomber le jogging en coton doux (toi ce sont les leggings, moi ce sont les joggings bien larges, bien informes en mohair :)) et je sais que cette vie que j’aime tant, cette vie douce et pleine de rêverie je ne la retrouverai que le soir vers 21h au mieux, au pire le lendemain matin.
    Mais tout est question d’équilibre. Je sais aussi que ces petits instants de bonheur, cet appartement lumineux aux pieds de la Tour Eiffel, ces dépenses sans compter, et bien ça a un prix. A moi de savoir quand il va falloir reprendre le dessus. Et ça je pense que c’est le plus difficile. Arbitrer pour ne pas se perdre.

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  6. Je t’en souhaite encore plein, de belles semaines et puis des bisous, parce que c’est courageux je trouve, de se lancer comme ça – j’en serais pas capable, ou en tout cas pas « maintenant », j’avoue être très contente de mon CDI (surtout depuis que les choses ont changé pour moi au boulot). Mais il ne faut jamais dire jamais!

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    1. Il ne faut jamais dire jamais, mais ce n’est pas non obligatoire pour tout le monde de vouloir plaquer un CDI pour se lancer à son compte ! Je crois qu’il y a vraiment des caractères qui s’y prêtent plus, et autant je suis heureuse d’avoir sauté le pas, autant je sais que j’ai un « profil » qui s’y prêtait ! Si tu es contente dans ton boulot, c’est bien l’essentiel ! <3

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  7. Je viens de découvrir ton blog, complètement par hasard, en essayant d’apprendre à comprendre Hellocoton (sur lequel je n’avais pas mis les pieds depuis des années, faute à un blog vieux de 6 années, hacké deux fois, tout perdu, il a fallu recommencer à zéro). Quelles émotions en lisant cet article. J’essaie de me trouver depuis des années, et ma vie professionnelle (malgré que je sois passée par plusieurs choses différentes) ne me convient pas. Tu as (d)écrit exactement ce que je pense tous les jours, quelle torture de devoir resté « au boulot » alors que l’extérieur m’appelle et que tout ce dont j’ai envie, c’est d’une promenade, là, maintenant, tout de suite. J’ai vraiment tout adoré dans ton article. La façon dont tu écris, tes photos, et même l’évocation de la vidéo de yoga d’Adriene que j’adore. J’espère un jour pouvoir franchir ce cap aussi. Car même si, pour l’instant, je ne sais pas comment commencer et cela me semble un rêve inaccessible, eh bien… Je me vois vivre cette vie là. Merci. 🙂

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  8. Bonne chance Camille! Gageons que tu n’as pas dû te balader sous la pluie cette semaine 😉 mais le printemps s’en vient (qu’ils disaient!), bientôt tu feras tes pauses au soleil!

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  9. La vraie vie c’est aussi la liberté.
    Et la fierté de se dire que le chèque qui tombe à la fin du mois c’est grâce à soi et pas à un CDI.
    Ca demande beaucoup de courage de se lancer comme tu le fais et je te souhaite de réussir !

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  10. Déjà, j’aimerais dire qu’effectivement, ce legging est juste splendide.
    Ensuite, parce que c’est le plus important, je te souhaite tout plein de jolies semaines en tant que freelance (ou autre, juste des jolies semaines).
    Plein de bisous la miss

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  11. Très joli article ! Ton écriture est très agréable. 🙂 J’avoue que c’est ce qui me ferait peur dans la vie de free-lance : ne pas savoir ce que je vais faire le lendemain, et parfois ne parler à personne. Ce doit être vraiment stressant

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