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Trois années, et un petit peu plus.

Et puis, doucement refermer la porte de trois années, trois années et un petit peu plus, même, passés au même poste, à la même place, ou presque, parce que j’ai changé de bureau une fois, pour être un peu plus loin des passages incessants et un peu plus près de la lumière du jour, trois années et un petit peu plus passées à faire quelques petites blagues jamais très drôles, mais un petit peu tout de même, trois années et un petit peu plus passées à rire des blagues de mon boss, pas vraiment plus drôles, mais enfin, drôles quand même.

Trois années et un peu petit plus et la routine, le café du matin, jamais très bon, souvent jus de chaussette, sauf quand j’ai le courage de bien doser et de compter les cuillères de café moulu à mettre (c’est-à-dire jamais), trois années et un petit peu plus du latté amandes-le-vendredi-seulement-sinon-ça-devient-un-gouffre-financier-cette-affaire, trois années et un peu petit plus de salut tout le monde et de bonne soirée tout le monde, lancés à la cantonade, de croutons de pain grignotés toute la matinée parce que bon, il y avait toujours des baguettes fraîches à disposition, de bordel qui c’est qu’a pris mes ciseaux encore, de chaise de bureau qui grince, de tasse de café qui traine le vendredi soir, parce que la flemme, de bureau en bazar, trois années et un petit peu plus huilées comme il fallait pour que tout continue à rouler sans qu’on ne se pose vraiment de question.

Et puis, trois années et un petit peu plus, c’était peut-être un peu trop, alors tout doucement, j’ai refermé ce chapitre, j’ai compté les dernières fois, parce que vous savez, moi j’aime bien ça, compter les dernières fois. Le dernier café, le dernier salut tout le monde, le dernier potin, le dernier j’ai mal au ventre j’ai mangé trop de pain, le dernier lunch, trop chauffé, parce qu’en trois années et un peu plus, je n’aurais jamais vraiment réussi à chauffer correctement mon lunch au micro-ondes, et le dernier « t’as encore fait trop chauffer ton lunch » observé par M., ma petite protégée. Le dernier jour, le dernier apéro, le dernier projet, la dernière validation, le dernier dossier renommé-transféré (ne passez jamais trois années et un petit peu plus sans trier et ranger au fur et à mesure votre ordinateur) (c’est mon conseil avisé de personne qui a passé une semaine non-stop à faire ça). Le dernier fou rire. La dernière porte fermée. Et le dernier à bientôt, c’est promis, je reviendrai dire bonjour.

Trois années et un petit peu plus de cette première vraie expérience professionnelle, parce que vous savez, j’ai un peu papillonné, après mon diplôme, moi, décidant que je ne voulais pas vraiment travailler tout de suite comme les grands, lançant mon magazine, partant en voyage, sac au dos et aucun avenir très certain, alors trois années et un petit peu plus à découvrir le vrai monde du travail, avec ses moments cools, avec ses moments plus compliqués à gérer. Les normes, les négociations, les compromis, les évaluations annuelles, essayer d’expliquer ce pour quoi on est bon, ce pour quoi on voudrait plus d’aide, les réunions, les horaires, les matins, les caractères différents et mon associabilité (je ne sais pas si ce mot existe en vrai), qui parfois, aura fait des petites étincelles (mais pas dans le bon sens). Et puis, ces collègues devenus des amis, cette micro-famille qui s’est construite au fil des mois. Alors, oui, trois années et un petit peu plus qui auront ajouté quelques éléments de plus à ma personnalité, à mon fonctionnement, comme des petites briques qui étaient nécessaires avant mon petit-grand saut dans le vide.

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J’avais le cœur qui battait très vite, ce jour où j’ai annoncé tout doucement que je voulais partir, pour voler de mes propres ailes, pour me remettre un peu en danger, parce que c’est comme cela que j’y arrive. J’ai besoin de trois mille idées qui fusent, vous savez, de trois mille projets en cours, certains qu’on oublie en cours de route et qu’on retrouve après, j’ai besoin de pouvoir travailler en changeant d’environnement, j’ai besoin de pouvoir prendre une après midi pour aller voir des expos – ce que je ne faisais jamais lorsque j’habitais à Paris et que je regrette amèrement, alors je vais essayer d’y remédier – pour laisser venir l’inspiration. J’avais le cœur qui battait un peu trop vite, en disant que trois ans et un petit peu plus, c’est bien, mais c’était trop et que, vous savez, c’est pas vous, c’est moi, ou peut-être l’inverse, je ne sais pas, mais il était temps de changer. Et puis j’ai laissé couler quelques toutes petites larmes, tout de même, le soir chez moi, en réalisant toute la bienveillance qu’avaient eu mes collègues, mes boss, face à mon projet. Je ne veux pas partir fâchée, je leur ai soufflé, on te souhaite tout le meilleur, ils ont répliqué.

J’ai souvent glissé entre les lignes, ici ou ailleurs, que le travail que j’avais trouvé pendant ces trois années et un petit peu plus avait été un vrai bonheur, une libération face à mes angoisses du monde du travail et de la hiérarchie que je considère comme incompatible avec mes idées et c’est vrai, vous savez. J’ai eu une chance inouïe, un bout de chance que j’ai sans doute un peu provoquée et que j’ai su saisir, mais je mesure l’incroyable opportunité que j’ai eue de créer ce poste à mon image et de façonner l’identité d’une marque, en partant de rien. C’était un joli challenge, parsemée de moments de doutes, de petites erreurs et de jolies victoires. Alors à la fin, j’ai râlé, ça n’allait plus, j’ai pleuré, j’ai douté, mais de ces trois années et un petit peu plus, je retiendrai surtout la confiance absolue que l’on a placée en moi dès le début et qui m’a permis de faire mes preuves, de prendre des risques et d’oser. Et de me retourner aujourd’hui, sur ces trois années et un petit peu plus, et d’être fière et heureuse de toute cette aventure.

Alors, tout doucement, je referme ces trois années et un petit peu plus. J’apprivoise le vide qu’il va y avoir, et je sais qu’il va falloir apprendre, maintenant, tout le reste. J’ai très peur, bien sûr, mais j’ai un sourire grand comme ça en comprenant que petit à petit, j’avance dans mon rêve de quand je serai grande. Et je crois que cela va être chouette.

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18 Comments

  1. C’est ton article qui est drôlement chouette <3 Je te souhaite tout le meilleur dans tes premiers, deuxièmes et troisièmes pas de cette nouvelle aventure, je te souhaite de continuer ce doux apprentissage qui mène à la connaissance de soi et de réaliser tes rêves (même ceux qui font peur). Douce journée à toi Camille !

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  2. Je me rappellerai toujours qu’au début de ces 3 petites années et demie, tu m’as offert une pâtisserie de chez la Mamie. C’est un joli souvenir que je garde de Montréal. Des bisous Camille, et vole vers ta vie.

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  3. Je suis en train de préparer les mots à dire pour dire que moi aussi je veux partir et que je veux faire mon truc à moi, me lancer totalement, essayer et voir. Alors ton article, ce petit bout de vie mis sur le papier-écran résonne fort en moi et surtout surtout me permet de te souhaiter de t’amuser, de te réaliser, de te faire plaisir et de réaliser tes rêves. Je t’embrasse bien fort <3

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  4. Très beau texte Camille ! Je te souhaite bon courage pour la suite et je suis sure que tu vas très bien t’en sortir. J’ai hâte que tu nous parles de tout çà.

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  5. Tu refermes une belle parenthèse de trois années et un petit peu plus, mais tu ouvres les guillemets de tes rêves, que de papillons tu dois avoir dans le ventre!?!
    Je te souhaite un bel apprentissage et une jolie nouvelle vie qui t’appartient désormais.

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  6. je lis ton article avec un thé à la bergamote et des banana pancakes en écoutant le nouveau alt j. Merci pour cette jolie lecture du vendredi soir

    je te souhaite une multitude de réussite et de voir encore plus de jolis mots que tu écris !

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  7. Quelle jolie manière de clore ce châpitre de ta vie professionnelle… C’est tellement bien écrit !
    Je te souhaite le meilleur pour ton projet.

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  8. Cet article résonne profondément en moi… j’ai aussi quitté mon tout premier « vrai » travail au bout de trois ans, pour changer de voie et voler de mes propres ailes. J’ai aussi eu peur de ce vide, de l’après, du changement.
    Mais c’est la meilleure décision que j’ai prise de ma vie et je n’ai jamais eu le moindre minuscule regret.

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  9. Très bel article . Bon courage pour ta nouvelle vie. Je vais vivre la même chose que toi dans un mois….. pour moi c’était 4 années et un petit peu plus ☺
    Je pense que ca ne va pas être évident de tourner définitivement cette page, j’espère que j’ai le bon choix…
    Bonne continuation☺

    Adeline

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  10. Antonio Machado – Cantares

    Caminante, son tus huellas
    el camino y nada más;
    Caminante, no hay camino,
    se hace camino al andar.
    Al andar se hace el camino,
    y al volver la vista atrás
    se ve la senda que nunca
    se ha de volver a pisar.
    Caminante no hay camino
    sino estelas en el mar.

    Te mereces lo mejor… <3

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  11. C’est beau, comme d’hab.
    Je te souhaite plein plein plein de bonnes & belles choses pour la suite!
    Et ce lundi, ce premier lundi de cette nouvelle aventure, & bien savoure le…

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  12. Oh mais j’ai l’impression de me lire dans 2ans…. sauf que moi j’ai commencé le travail de grand il y a seulement 6mois alors le changement même si il est toujours dans un coin de ma tête de manière permanente, on va attendre encore un tout petit peu
    Comme je t’envie, comme je t’admire, de prendre ce courage là et d’en faire quelque chose. De sortir de sa zone de confort pour se réaliser pleinement, juste parce qu’on aspire à autre chose. Et de surmonter tous les obstacles si difficiles, le regard réprobateur, le regard d’incompréhension, la peur du vide, la peur du regret, du qu’est ce que j’ai fait, du et si c’était pas mieux après?
    Enfin bref, ce choix courageux sois en fière, et je ne doute pas que de magnifiques moments t’attendent bientôt, parce que la vie sourit toujours à ceux qui ont le courage de la prendre par le bon bout!
    Et dis, tu rentres à Paris du coup bientôt? 🙂

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  13. Bravo Camille pour tout ça, tout le monde veut faire cela moi le premier mais quand on a une famille avec 3 enfants on flippe. Pourtant la liberté, ça n’a pas de prix. Je te souhaite le meilleur pour le futur, et le plus important c’est de persévérer et de ne jamais abandonner, essaies de décrocher la lune au pire tu toucheras les étoiles.
    Très beau témoignage et qui donne vraiment envie de faire pareil.

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