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Il s’est passé un mois.

Sans que je ne m’en rende vraiment compte, il s’est passé un mois depuis la ligne d’arrivée.

Un mois c’est long, un mois c’est très peu et en un mois, j’ai eu le temps d’être euphorique, de pleurnicher, de déprimer, de m’inscrire à des nouvelles courses, de me reposer, ou faire comme si, et de me demander ce que je faisais dans ce monde.

J’ai passé un mois à raconter, comme je pouvais raconter, avec un sourire un peu gêné mais tellement fier en même temps, oui oui, j’ai fait un marathon en entier, oui oui, c’était dur, mais c’était si bien et oui oui, je vais en refaire, oui oui. J’ai passé un mois à hésiter entre porter ma veste de finisher – moche, mais hey, c’est marqué finisher dessus – et la laisser dans mon placard – elle est moche, même si c’est marqué finisher dessus.

J’ai passé un mois à essayer de trouver le bon dosage pour mes jambes un peu fatiguées et pour mon esprit bien trop tourmenté, j’ai alterné les journées à 4 heures de sport et les journées sous ma couette sans bouger si ce n’est pour aller chercher du chocolat dans la cuisine et faire pipi (et me laver les dents, quand même).

J’ai passé un mois à utiliser ces quarante-deux kilomètres comme échelle de mesure pour tout, en bien et en mal, en rapport et en pas rapport. Vous savez, c’est vraiment très étrange l’ambivalence de ces émotions qui surviennent après.

Si j’ai couru quatre heures sans m’arrêter, j’ai bien mérité de faire une petite pause de course, mais si j’ai couru quatre heures sans m’arrêter, quand même, je devrais avoir honte de ne pas réussir à courir plus de quarante-cinq minutes sans avoir les jambes lourdes et fatiguées. Si j’ai couru quatre heures sans m’arrêter, j’ai bien mérité de passer mes soirées à regarder How I Met Your Mother (non, je n’avais jamais regardé en entier, oui bien sûr, je suis amoureuse de Ted, non, je n’ai pas été déçue du tout de la neuvième saison et oui, j’ai conscience que je suis la seule personne sur cette planète qui pense ça), mais puisque maintenant, je n’ai plus quatre heures de course comme objectif d’entraînement, ce serait peut-être le moment de faire autre chose de mes soirées que regarder Netflix sans avoir la force de faire autre chose. Puisque j’ai réussi à courir quatre heures sans m’arrêter, j’ai bien le droit d’être fainéante du ménage (voyez, aucun rapport) mais bon, puisque j’ai réussi à courir quatre heures, j’ai quand même bien le droit de me nourrir exclusivement de gin to, de vin et de gâteau arc-en-ciel de mes trente-ans-moins-onze-mois.

Ces sensations, je ne les avais vécues qu’une seule fois, avant, juste après avoir passé ma soutenance de diplôme, après avoir travaillé pendant huit mois sur une seule chose, à ne vivre que pour un objectif, après avoir roulé-scotché-rangé les A0 remplis de plans-coupes-élévations qui ne voulaient plus rien dire et qui ne se comptaient plus qu’en nuits blanches. Une fois que le point final est posé, choisir une autre page et commencer autre chose.

Alors je réapprends, doucement, à ne pas me jeter sur mes baskets sitôt la porte d’entrée passée, à ne pas mesurer mes journées avec ma montre cardio, à ne pas me situer dans ma semaine grâce à mes sorties longues, d’endurance ou en fractionné, à penser à autre chose, tout simplement et à occuper mes soirées autrement qu’en m’étirant les quadriceps ou en lisant comment gérer l’envie d’aller aux toilettes en pleine course.

À me trouver vivante autrement qu’en enchaînant les kilomètres.
Et à me trouver intéressante autrement qu’en étant juste marathonienne. C’est difficile, de laisser partir ce sourire qui s’accrochait à ces mots, je suis marathonienne, pour laisser le sourire exister autrement, mais je crois que ça va être bien, à la fin.

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7 Comments

  1. Un mois que j’ai les yeux grands comme ça quand je pense à ce que tu as fait, waouh, wouah. C’est donc possible de faire ça, même si.
    Tu es bien plus qu’une simple marathonienne, tu sais ?

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  2. des mots toujours aussi beaux qui donnent envie d’en lire encore plus que ce soit sur le marathon, les recettes d’automne ou le froid de Montréal et tous les autres beaux moments que tu nous fais partager !

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  3. Ahah j’adore ton « système métrique ». Les fois où j’ai compté comme ça c’était après avoir déménagé (2 fois seulement donc). C’est un peu le « premier jour du reste de ta vie ». Bien que la comparaison s’arrête là car ça n’est pas vraiment un exploit comme un marathon ^^
    (En tant que fan de la 1ère heure de HIMYM, je fais évidemment partie des déçus de la dernière saison et j’aurais aimé avoir ton avis sur la question alors merci de l’avoir anticipée :D).
    Des bisous <3

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  4. J’adore lire tes états d’âme et les pensées qui te traversent l’esprit, c’est tellement bien écrit, et tellement ça ! Je suis heureuse que je ne suis pas la seule à négocier avec moi-même de cette drôle de façon 😉

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  5. Je viens de remarquer que c’est joli comme mot « marathonienne », enfin j’aime la sonorité.
    Je trouve qu’il te va bien.
    De même que ce sourire que je crois voir dans tes lignes.
    Des bises

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