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Je voulais vous parler de Bordeaux.

Bordeaux, c’est un petit peu ma ville repère, ma ville aimée, ma ville détestée et ma ville refuge. Quand j’étais ado-collégienne, que je portais des baggys roses avec des débardeurs vraiment trop courts, j’habitais dans une petite ville à une vingtaine de minutes en train de là : aller à Bordeaux, c’était l’occupation de fête du samedi. Je partais avec un peu d’argent de poche en liquide caché sous mes chaussures (j’ai toujours été une grosse trouillarde quand j’ai de l’argent liquide sur moi)(je vous raconterai pas le week end où je suis montée à la capitale comme on dit, avec des billets cachés partout dans tous mes sous-vêtements) et avec une copine sous le bras, on se donnait rendez-vous à la gare tôt le matin, pour pouvoir être à l’ouverture des magasins en ville et on passait la journée sur la rue Sainte Catherine, à dépenser des euros dans des boutiques qui vendaient des mitaines en collants résilles de toutes les couleurs (mes goûts vestimentaires de l’époque sont discutables) ou des pantalons way-way-way trop taille basse pour être portables. Je passais toujours dans les deux boutiques de danse, qui étaient minuscules et qui sentaient bon la collophane et les demi-pointes neuves et je rêvais devant les pantalons d’échauffement, pour lesquels mes parents refusaient de me donner plus d’argent de poche parce que selon eux, mettre 90 euros dans un pantalon de survêtement, c’est se moquer de la gueule du monde, Camille.

On s’arrêtait manger un panini tomate-mozza au petit camion, sur une place dont je ne crois pas avoir jamais su le nom, c’était « la place où y’a les paninis, tu sais », et on repartait de plus belle, jusqu’au train de 17h à peu près. Il y avait toujours un arrêt chez Réserve Naturelle, où j’ai acheté les fards à paupières les plus laids de l’Histoire des Fards À Paupières (et dont je ne sais même pas comment j’ai fait pour éviter les allergies dramatiques), après, il y avait cette boutique à moitié gothique, mais pas vraiment, le style est difficile à cataloguer et on finissait toujours par aller essayer les jeans Le Temps des Cerises, en se lamentant parce que c’était vraiment trop cher. J’avais à l’époque une capacité assez folle à résister à un samedi après-midi en pleine rue Sainte Cath’, c’est plutôt étonnant quand on me connaît aujourd’hui.

On rentrait super épuisées et super pauvres, en déballant devant ma maman et ses yeux effarés les trouvailles de la journée. C’était toujours des bons samedis.

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Bordeaux, j’y ai fait l’équivalent de trois semaines de Licence en Histoire de l’Art, quelques années plus tard, et c’est là que j’ai eu mon premier appartement de grande fille, que mon papa avait acheté et qu’on avait retapé à deux (enfin, qu’il avait retapé pendant que j’avais repeint le miroir de la salle de bains avec des couleurs trop fluos pour que ce soit vraiment joli)(j’avais aussi choisi les meubles et les rideaux). Et puis après, je suis partie, parce que Bordeaux, ça représentait aussi des mauvais souvenirs. Un an et demi d’hôpital dans une ville, ça en brise un peu la magie.

Je n’ai pas vraiment remis les pieds dans cette ville pendant des années – passant seulement par la gare pour rentrer chez mes parents ou plus tard, pour aller rendre visite à ma petite sœur, qui y a eu aussi son premier appartement de grande personne, avec un poisson rouge, un frigo rempli de bières et deux coloc’.

 

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Quand j’y suis retournée, cet été, pour y retrouver ma petite sœur avant de rentrer chez mes parents dans le Pays Basque, j’ai redécouvert la ville avec un autre œil. Je suis arrivée très tôt le vendredi matin, ma sœur n’arrivant que le soir, j’avais quelques heures rien que pour moi, pour me balader comme j’aime tant le faire, sans aucun but – si ce n’est celui de commencer par trouver la meilleure boulangerie pour manger des tartines et boire du café. Je suis allée m’acheter un livre et j’ai déambulé jusqu’à la fin de la journée, me perdant un peu, retrouvant les noms des rues que j’avais oubliés, m’extasiant devant la beauté d’un peu tout et prenant des pauses régulières dans des petits cafés, avec un ou deux chapitres à bouquiner. Je vous ferai un micro-city-guide de mes jolies adresses un jour.

Ce week end là, il y a eu un TGV en retard, il y a eu un kebab mangé à 2h du matin sur les marches du Grand Théâtre, après avoir rassemblé les quelques euros qui trainaient dans nos poches, il y a eu des verres de vin de retrouvailles et une pizza en terrasse, il y a eu un brunch au soleil, il y a eu des bières à 15h au Dickens qui ont duré jusqu’au bout de la nuit – ou presque, il y a eu Chez Karl, parce qu’on allait toujours Chez Karl pour manger du cake aux olives, avant, même si cette fois-ci, il était moins bon, il y a eu un fabuleux thé savouré et accompagné de confidences et de sourires, il y a eu une balade jusqu’au pont, parce que je voulais absolument le voir de près (je nourris une réelle passion pour les ponts), il y a eu un air de douceur tout le temps et puis il y a eu un ce sera ici, je crois, la ville où je reviendrai habiter un jour.

Voilà, vous savez.
Je voulais juste vous parler de Bordeaux.

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(Bordeaux, je m’excuse pour la qualité pas vraiment géniale des photos, ce sont les seules que j’ai pu récupérer malgré le cambriolage – c’est promis la prochaine fois, je m’appliquerai à te rendre aussi belle que tu ne l’es en vrai.)

20 Comments

  1. Je fais quoi moi maintenant ce matin, maintenant que je frissonne des cils en te lisant, hein.
    Je ne connais pas Bordeaux. Je n’y ai passé qu’une journée, avec Dorian, on allait à Barcelone et on habitait Angoulême, et comme on était super (fauchés) super coolos on s’était dit on ira en bus, ouaaaaais, on dormira pas de la nuit pour enchaîner avec Barcelone-marathon-tapas en tirant les valises, bien sûûûûr. On avait donc passé deux jours à Bordeaux, un à l’aller, l’autre au retour, et comme on était vraiment fous on avait décidé de tout faire à pieds, avec les valises et tout, le musée, les ruelles, cette grande place très chic. Finalement au retour on s’étais assis ou affalés dans un joli parc, je ne sais plus où c’est, et on avait bu des briquettes de jus d’ananas (véridique, j’ai une photo), et fait la sieste, parce qu’on était un peu trop bronzés, un peu trop fatigués, un peu trop jeunes-amoureux-optimistes, et on s’était dit Bordeaux, bon, on t’a pas vraiment bien vue, on reviendra. Puis on n’est pas revenus. Comme beaucoup de promesses qu’on fait dans la vie, celle-ci nous attend, elle prend un peu la poussière dans un placard à promesses, comme cette jupe super originale que tu achètes on te promettant de la porter souvent et en fait tu n’oses pas et tu finis par oublier qu’elle existe quelque part sur terre (-et chez toi). Merci pour ton article Camille, ça fait battre le coeur, tes mots.

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    1. C’est drôlement chouette comme souvenir de Bordeaux, même si le jus d’ananas vient ternir tout ceci (je ne comprends pas l’ananas tout court). Mais il faut que vous y retourniez. Bordeaux, c’est vraiment une ville qu’on peut pas décrire tellement c’est particulièrement bien.
      Et puis merci, aussi, pour cette petite dernière phrase qui m’a mis le sourire aux lèvres pour la semaine !

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  2. Ha Bordeaux ! 7 ans j’y ai passé et t’en entendre parler me fait du bien. Aujourd’hui c’est à Paris que je vis, mais mon coeur continue de battre à Bordeaux. Je l’ai tout de suite adopté. Elle me manque parfois. Je dis souvent que Bordeaux c’est un petit Paris. À la fois bourgeoise et en même temps solaire et agréable. Bref, j’ai parfois envie d’y retourner et en même temps j’adore Paris ! Le dilemne !
    Les photos sont quand même chouettes malgré le cambriolage !
    Des bisous plein de canelés !

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    1. DES CANNELÉS !
      Je trouve aussi que Bordeaux, c’est un petit Paris. En mille fois mieux, en fait, avec les avantages de la grande ville (culturellement parlant, gastronomiquement parlant etc etc), mais avec les avantages de la province (être près de l’océan, la ville a taille humaine, plus de parcs, mois étouffante).
      Bref, rentrons tous à Bordeaux.

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  3. Si toutefois tu mets cette menace (complètement stupide et déraisonnée) de nous quitter à exécution, ça me fera plaisir de venir visiter Bordeaux… quand même. Pfff (coup de pied à terre dans la poussière, bras croisés haut et regard sombre sur le côté)

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  4. Bordeaux, Bordeaux …
    Pffiou cet article me fou un coup de bourdon. On y allait deux fois par an depuis 3 ans. C’était notre week-end où on partait retrouver mon beau-frère et ma belle-soeur. On parcourait la ville. J’étais claquée tous les soirs. Il y a eu cette soirée à boire du vin, aller au restaurant et rentrer trempés parce que la pluie était arrivée. Il y a eu aussi cette soirée où mon second beau-frère m’a crachée sa bière dessus… Alors que je n’avais quasiment aucune affaire de rechange.
    Et puis il y a eu aussi ces départs le jeudi soir pour profiter de cette ville à deux le vendredi. On commençait à l’apprivoiser cette ville. Cette belle ville qui ne m’oppresse pas.
    Le dernier week-end mon homme a fait les magasins comme il ne les a jamais fait en ma compagnie. Nous avons mangé place de l’opéra chez Philippe ETCHEBEST parce que quand même si on ne le faisait pas maintenant.
    Mon beau-frère et ma belle-sœur sont revenus vivre dans notre région. Et puis nous on s’est promis qu’on retournerait à Bordeaux, même s’il fallait louer quelque chose pour dormir sur place parce que quand même c’est notre ville coup de cœur…

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    1. Oh, que j’aime quand vous me racontez vos souvenirs sur Bordeaux ! Il faut y retourner, en plus elle devient de plus en plus jolie, je trouve.

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  5. En regardant les photos, je me disais qu’elles étaient justement très chouette et j’aime bien ces petits bouts de Bordeaux pris à la volée.
    Une amie proche y vit et en voyant tes photos ça me donne envie d’y retourner dans cette jolie ville !

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    1. Merci Juliette !
      Retournes-y, retournes-y (et si tu y retournes, va manger des brioches au Boulanger de l’Hôtel de Ville, c’est absolument parfait comme endroit !).

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  6. Oh, Bordeaux… Depuis que je l’ai découverte j’ai besoin de mon shoot chaque été. Et quand je pense à quand je serai grande, je m’y imagine, evidemment. (j’ai deja imaginé tout l’appartement parfait) (jusqu’aux boutons de tiroirs de commode) (je m’ennuyais vraiment beaucoup ce jour là).

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  7. Très belles photos 🙂 Elles mettent très bien Bordeaux en valeur !

    C’est aussi ma ville de cœur, celle que j’aime retrouver, surtout dans les moments de stress. C’est mon repère, je m’y retrouve et pourtant je découvre toujours de nouvelles choses à chaque fois que j’y retourne. A chaque fois que j’y vais je ressens un mélange d’effervescence et d’apaisement. Et moi aussi je sais au fond qu’un jour, j’y retournerai, parce que je ne peux pas y échapper, c’est Bordeaux !

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  8. Je vis à Bangkok, j’ai grandi à Bordeaux et c’est toujours là que je vais directement quand je rentre en France alors merci de m’avoir fait me sentir un peu chez moi ce matin ! C’est un très joli article, je me suis vue dans chaque endroit 🙂

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