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quarante deux kilomètres

Cela fait six mois que j’en parle tout autour de moi : j’ai envie de parler de sport, de raconter le sport, d’essayer d’expliquer pourquoi j’ai eu envie de courir un marathon, de dire mon besoin de me défouler, de transpirer, de me dépasser. J’ai longtemps pensé que ce blog, ici, devrait pouvoir accueillir un peu toutes mes pensées, mais force est de constater qu’en fait, je n’arrivais pas à vous en parler.

Je veux dire, je ne me sentais pas très à ma place, ici, pour raconter quel était mon dernier entrainement, et pourquoi je pense que tout le monde devrait faire de la corde à sauter. Je ne sais pas si c’était que j’avais peur de vous perdre avec tout ça, ou si juste, je me disais que ce n’était pas du tout ce que vous veniez chercher ici (mais est-ce que vous venez chercher quelque chose, ou est-ce que pas vraiment, je n’en sais rien non plus) (notez à quel point je suis perdue en ce moment) et puis après avoir essayé d’écrire quelques petits trucs, j’ai décidé que ça n’allait pas.
Et puis, je ne voulais pas trop en parler seule, non plus. Depuis quelques temps, je ne m’entraîne seule que rarement, et, si je construis mon plan d’entrainement de manière personnelle, j’essaie toujours d’embarquer des amis dans les courses, ou dans certaines des séances en les adaptant, chacun sa VMA, chacun son rythme, chacun sa course, mais c’est quand même sacrément chouette de partager ces moments à plusieurs.

Pendant ma prépa marathon, j’ai plus que jamais eu besoin d’en parler et de partager mes doutes et mon expérience avec C. et C., mes deux acolytes sportives d’amour, et j’ai adoré partager les quelques dix-sept derniers kilomètres avec elles deux. J’adore lire les récits sportifs – ceux des marathons m’arrachent systématiquement des larmes – et comme nous avons tous des ressentis différents face au sport, je me trouvais très peu légitime de faire cela dans mon coin.

Alors, j’ai commencé à glisser à quelques amis, autour de moi, que ce serait chouette, si on en parlait, tous. On a tous des rapports très différents au sport, des backgrounds assez variés aussi, de la sportive en sport-études à la coureuse du dimanche-parfois-plus-parfois-moins en passant par le coach, la touche-à-tout et la cross-fitteuse, et je trouvais ça rudement chouette de montrer que tout le monde pouvait faire du sport, s’il le voulait et surtout, comme il le voulait.

J’ai souvent tendance à dire que, si c’est la volonté d’être capable de danser à nouveau qui m’a permis de tenir, lorsque j’étais à l’hôpital, c’est grâce à la course que j’ai réussi à revenir dans le sport, à me remuscler et reprendre goût aussi à la compétition, mais à la garder dans le cadre du sport et plus dans mon assiette (enfin, un peu moins, en tous cas). Cela fait dix ans, à peu près, que je cours et que j’ai repris le sport. Cela fait dix ans environ que je suis toujours considérée comme la sportive du groupe et c’est un truc dont j’avais besoin de parler. L’apprentissage, les progrès, les coups de mou, l’adrénaline, les endorphines, les courbatures et les abandons parfois aussi.

Alors, en quittant mon travail, l’une de mes envies était d’enfin prendre le temps pour ça : un nouveau petit blog, sans prétention, mais avec de la passion (t’as vu comment ça rime !) et pour, aussi, enfin, raconter comment c’était, vraiment, mon premier marathon.

Comme pour beaucoup de choses, j’ai laissé passer un peu de temps avant de vous en parler, vous savez, ce petit recul qui permet d’être un tout petit peu plus détachée, si jamais cela ne plaisait pas, et cette petite trouille, aussi, de m’être totalement plantée. Bien évidemment, c’est loin d’être parfait et je planche déjà sur la V2 du blog, mais C. m’a dit à un moment qu’il fallait arrêter de chercher la perfection, alors j’ai dit que oui, d’accord, ce sera en ligne demain, alors le lendemain, je tremblotais en cliquant sur publier.

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Cela ne veut bien sûr pas dire que je ne parlerai plus jamais-jamais de sport ici, parce que parfois, il y a des choses intimes que j’arrive plus à partager ici (parce que je vous connais, vous voyez) (enfin, je vous connais un peu) (non ?), mais ce sera un peu plus technique-théorique-pratique là bas.

Alors voilà, après tout ce blabla destiné à vous perdre et à cacher ma timidité et mon manque de confiance, je vous présente quarante deux kilomètres. Je sais que vous allez peut-être dire que oh la la, mais c’est pas pour moi, je suis pas sportive/sportif, mais en fait, je crois que mon but derrière ça, c’est de vous dire que si, en fait. Vous n’allez sans doute pas courir un marathon demain, mais enfiler des baskets et aller trottiner, faire de la corde à sauter, de la zumba même (moi je suis nulle en zumba, j’ai l’impression d’être aussi à l’aise que ma petite soeur quand elle avait 6 ans et qu’elle faisait du ballet pour me copier), mais bref, bouger un peu, c’est à la portée de tout le monde, et je vous promets que c’est chouette, le sport.

Comme c’est de l’auto-promo, je ne suis jamais très à l’aise avec cela – vous commencez à me connaître aussi, je crois – mais tout de même, je suis contente d’avoir réuni des jolies personnes autour de ce projet, alors je me suis promis de mettre de côté ma timidité et de vous en toucher deux mots. Vous me dites, si vous allez y jeter un petit coup d’oeil ?

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Il s’est passé un mois.

Sans que je ne m’en rende vraiment compte, il s’est passé un mois depuis la ligne d’arrivée.

Un mois c’est long, un mois c’est très peu et en un mois, j’ai eu le temps d’être euphorique, de pleurnicher, de déprimer, de m’inscrire à des nouvelles courses, de me reposer, ou faire comme si, et de me demander ce que je faisais dans ce monde.

J’ai passé un mois à raconter, comme je pouvais raconter, avec un sourire un peu gêné mais tellement fier en même temps, oui oui, j’ai fait un marathon en entier, oui oui, c’était dur, mais c’était si bien et oui oui, je vais en refaire, oui oui. J’ai passé un mois à hésiter entre porter ma veste de finisher – moche, mais hey, c’est marqué finisher dessus – et la laisser dans mon placard – elle est moche, même si c’est marqué finisher dessus.

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Alors, c’est comme ça, 42 kilomètres.

J’aurai voulu vous raconter le marathon. J’aurais voulu vous raconter la veille, les casseroles de pâtes avalées à chaque repas, le repos, le trac, la hâte, la peur, l’envie, la trouille, la préparation minutieuse des habits, je vais mettre un short mint, pour me porter bonheur, des rechanges, des au cas où, des barres de céréales, des pâtes de fruit et des ça, ce sera pour après. J’aurais voulu vous raconter le réveil à 5h, le dernier réveil avant le soleil de ces trois derniers mois, les quinze premières minutes presque mécaniques et habituelles je me douche je m’habille sans réfléchir à ce que je fais sinon je retourne me coucher, j’aurais voulu vous raconter le bol de riz du matin, avalé avec dégoût (je déteste manger quand je me réveille) assise dans mon tipi, en tailleur et en commençant à peine à comprendre que c’est aujourd’hui, cette fichue journée que t’attends depuis le jour où t’as validé ton inscription, sans trop savoir dans quoi tu t’embarquais. Continue reading →